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Label indépendant pour artistes indépendants : seuls contre tous ? – Une explication brève et réaliste de l’économie musicale actuelle


« C’est la gloire qui commence quand on commence à être cité par des références dans leur domaine » est la nouvelle citation que je vous offre aujourd’hui. Merci à Guilaine Robin de Guil’s Records !

Pour comprendre ce que cela signifie d’être un artiste dans un label en 2023, il est important de mettre de côté tous nos souvenirs de comment c’était avant, balayer tous nos fantasmes, se libérer des croyances pour pouvoir comprendre le contexte contemporain et ce qu’il implique dans votre projet de rejoindre un label. La relation artiste-label a évolué, car les définitions des termes ont évolué : avec la démocratisation des moyens de production (Karl Marx, sors de ce corps) et la « relative » (je suis gentil) dégringolade économique des labels à la sortie de l’ère du CD, les artistes et les labels n’ont plus les mêmes profils, les mêmes compétences, les mêmes possibilités.


L’offre : les artistes


Les ordinateurs sont de plus en plus puissants : un ordinateur portable 1er prix de 2009 m’avait permis de mixer des morceaux de 30 pistes (dans la douleur, mais tout de même). Tout le monde peut faire de la musique avec des VST (instruments virtuels) que tous les ordinateurs portables peuvent faire tourner, et n’importe qui peut s’improviser « chanteur » (la présence d’une voix est le nerf de la guerre en pop) : Autotune est accessible à tous et permet de traiter des performances de voix impropres à l’écoute pour en faire des choses pas forcément toujours belles mais au moins plus justes (au niveau de la note, la justesse de l’interprétation est un autre sujet).

Les instruments sont de moins en moins chers, et même ceux qui sont fabriqués en Chine permettent de faire de la musique. La marque Behringer est la reine du matériel à bas prix, et réussit à émuler des machines jadis réservées aux professionnels installés disposant d’un capital conséquent.

On se retrouve donc avec des gens qui autrefois n’auraient jamais été capables ou même n’auraient jamais eu l’idée de faire de la musique, et ces gens sont en possession d’un matériel à la hauteur pour fabriquer de la musique d’une qualité diffusable. Glissement de terrain pour les studios : même s’ils disposent toujours des meilleures conditions pour travailler le son, en compagnie de techniciens éclairés, le home-studio s’impose comme un concurrent à la fois ridicule sur le papier mais nocif économiquement en pratique. Ce ne sont donc plus seulement les artistes chevronnés et passionnés qui investissent (sacrifient) des milliers d’euros pour les sessions studio qui servent à créer de la musique.

Qui dit démocratisation des moyens dit explosion de l’offre (pour ceux qui réussissent à finir leurs projets). Est-ce que la demande s’est ajustée proportionnellement à cette croissance du nombre de musiciens en herbe ?


La demande : le public


Du côté du public, la demande souffre quant à elle d’une crise : on n’achète plus de CD, c’est trop cher ! Ce qui ouvre la voie royale au numérique, dans un premier temps avec le téléchargement illégal (Emule, si tu nous regardes), vachement moins coûteux qu’un CD à 20 euros. Mais le piratage a été brillamment supplanté par l’émergence des plateformes d’écoute en streaming (avec Spotify dès 2007) qui ont fait gagné un temps fou aux auditeurs numériques. Fini la recherche, fini le temps de téléchargement : tout est déjà dans notre poche dès sa sortie, sur Spotify/Deezer/iTunes et les autres. Tout, et plus encore.

La musique avait réussi à quitter les salles de concert avec l’invention du phonogramme.
La musique avait réussi à quitter les salons avec l’invention du walkman.
Avec le streaming qui peut puiser sa source d’un flux internet transmis dans la rue en 4G, sans support requis autre que la machine de lecture (le téléphone), la musique venait de réussir le tour de force de s’affranchir du temps et de l’espace. Toute musique existe désormais virtuellement de manière illimitée partout. Omniprésente, facile d’accès, elle en perd de sa noblesse en devenant un bien de consommation courante compulsive.

Trop d’offre lasserait donc autant que trop peu d’offre ? Plus il y a de chaînes à la télé, plus on zappe. Quand il n’y avait qu’une seule chaîne disponible (je suis plus vieux que vous le pensez), on était bien plus fidèle et patient (oui, forcément). Transposé à la musique, cela donne un zapping frénétique à la recherche de mieux, à la recherche de la chanson la plus parfaite possible à enchaîner après celle qu’on vient de commencer à écouter et qu’on n’écoutera sans doute pas en entier. De toute façon, le Syndrome FOMO (la future grande maladie du siècle) empêche le répit dans cette quête sans fin de nouveautés, de pépites cachées qu’on veut découvrir en premier dans son cercle d’amis, de la dernière sortie immanquable (d’après le service marketing en tout cas) que l’on veut écouter pour pouvoir dire « je l’ai écoutée ».

Fini le cérémonial de l’achat à la FNAC après avoir découvert un morceau à la radio ou à la télé. J’ai connu cette époque, je suis un boomer. Anesthésié par cet océan de possibilités, on n’a plus le temps d’écouter tout ce dont on entend parler, et d’ailleurs on ne peut entendre parler de tous les artistes. La bande passante de notre attention plafonne, nous ne sommes que des humains, et le temps de cerveau disponible est saturé par toutes les sollicitations : entre les stars vieillissantes d’hier, les stars temporaires d’aujourd’hui, les stars du futur auxquelles on promet un destin fabuleux, et les petits artistes sans aucun suivi, il y a trop de monde. Au secours.


Les médiateurs : les maisons de disque


L’équation est simple et affolante : les musiciens se multiplient comme des chats non-stérilisés dans une forêt péri-urbaine, les consommateurs sont volatiles et sans pitié comme un Jules César oscillant du pouce durant les Grands Jeux Romains de l’arène. Et les maisons de disque doivent essayer de faire ouvrir la bouche des consommateurs encore un peu plus grand pour qu’ils puissent avaler encore un peu plus de musique, faite par leurs artistes. Croyez-vous vraiment qu’une maison de disque qui veut gagner de l’argent va parier sur des artistes d’un goût différent de ceux que le public est déjà en train d’avaler ? Le clonage, le plagiat, l’hommage, la reprise, il ne faut pas s’éloigner trop de ce qui est déjà entré dans le public, dans sa conscience, dans la programmation de ses goûts indexés sur ce qui est matraqué par les grands médias et qui façonne son jugement. Voilà comment naît la musique dite « mainstream ».

Comment rendre jetable un artiste ? En lui ôtant tout caractère propre, et en le glissant dans une campagne commerciale pseudo-artistique d’appropriation d’un genre à la mode (je ne citerai pas de nom, je ne suis pas ici pour casser du sucre sur le dos de… non, vous ne m’aurez pas). Un artiste jetable finit par être jeté, ou se jeter lui-même hors de cette machine/machination. Certains quittent le bateau des grandes structures pour continuer en solo sur un bateau à moteur acheté avec leur propre argent, après avoir profité d’une exposition qui leur a fait gagner également un public. Certains n’arriveront jamais à partir en voyage sur un grand bâtiment et voyageront à la nage. Avec le lot de noyades inévitables auxquelles on ne peut échapper, car cette mer-là avale ceux qui font la planche ou ne nagent pas assez car ils parlent trop.

Quelle place ont les petits labels indés là-dedans ? Ils fabriquent des barques, fournissent une boussole, un gilet de sauvetage couvert de rustines, des rames, et ils encouragent l’artiste à ramer pour avancer. Il y a des labels qui vont accepter de ramer, mais surtout pas à la place de l’artiste. Ou juste un peu pour montrer comment faire. Apprendre à pêcher ou donner du poisson, tu connais. Plus l’équipage est restreint, plus tout le monde met la main à la pâte. Une chose est sûre : un artiste n’est pas obligé d’être dépendant d’une structure pour pouvoir faire de la musique. Arrive alors le concept de label indépendant pour artistes indépendants.


Label indépendant pour artistes indépendants


A première vue, c’est un oxymore : comment un label indépendant et un artiste indépendant se rencontrent-ils et collaborent-ils tout en restant indépendants ? Il s’agit tout d’abord de trouver le juste milieu, le point d’équilibre d’une relation productive qui permettra à des petits (artiste et label) de travailler ensemble, ou des grands (artiste et label) de travailler ensemble, sans qu’aucun des partis ne se sente lésé par l’autre. Une chose est sûre : les petits et des grands ne collaboreront jamais ensemble sans que l’un des deux n’accepte ou ne réussisse à se mettre à la hauteur de l’autre.

Au départ, je vois quatre niveaux de relation artiste-label:
les artistes forts en contrat avec une maison de disque forte, pour qui la rentabilité est acquise car tous les moyens de communication, marketing, promotion sont mis en œuvre pour vendre
les artistes modestes en contrat avec une maison de disque modeste, pour qui la relation doit être suffisamment rentable pour permettre à chacun de rentrer au moins UN PEU dans ses frais, tout en pouvant s’acheter à manger et payer le loyer, pour que la vie continue, pour que la musique puisse continuer aussi
les superstars qui n’ont pas (plus) besoin de maison de disque (des stars du siècle précédent qui ont pris racine dans le paysage culturel) et qui gèrent tout en autonomie
les petits artistes qui n’ont pas de maison de disque parce qu’ils n’ont pas l’air assez aguerris pour proposer un produit musical suffisamment mâture qui mériterait un investissement, et qui se retrouvent seuls, loin des oreilles d’une institution qui pourrait les aider

Cette quatrième catégorie est justement celle qui m’intéresse. D’ailleurs, à ce sujet :
« Pourquoi et comment rejoindre The Queen Is Dead Records ?« 
drecords.wordpress.com/2021/10/21/pourquoi-et-comment-rejoindre-the-queen-is-dead-records/

Continuez la musique si vous aimez la musique. Arrêtez-la si vous voulez être riche ou célèbre, ou alors, si c’est vraiment ça que vous voulez, comme le disait Fuzati : ne me parlez pas.

L.A

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🎄Le Calendrier De L’Avent 2022 de The Queen Is Dead Records

(article mis à jour quotidiennement entre le 1er et le 24 décembre 2022)

Depuis septembre 2021, en plus de l’accompagnement d’artistes pendant les phases de production, The Queen Is Dead Records fait aussi de la distribution digitale ouverte à tous.
Ces artistes ne font pas partie du label, leurs morceaux ne sont pas marqués du sceau artistique de la couronne penchée, et pourtant je veux vous parler d’eux. J’écoute tout et j’ai fait la découverte de musiciens géniaux et également de personnes très positives et joyeuses. Je veux leur rendre hommage.

Jusqu’à Noël, je vais partager chaque jour un morceau de ces artistes qui sont passés par https://www.distribution-tqidr.com/ pour tenter la folle aventure de la distribution digitale avec un distributeur inconnu qui a le privilège d’apparaître dans le classement de Guil’s Records (Beaucoup d’entre eux viennent après consultation de ce classement ! Merci Guilaine !).

🎄 Le Calendrier de l’Avent
🎧 La Playlist de l’Avent 2022 sur Spotify



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🎁 1er décembre : DR OLIVE & THE HOPERATORS – « Road to Tamezret »


Oliv’ de Dr Olive and the Hoperators est celui qui m’a mis le pied à l’étrier de la distribution digitale « pour les autres ». Avant, c’était seulement pour les artistes du label. Mais j’avais là un super outil pour les potes, et finalement carrément tout le monde en fait. Musicalement, Dr Olive est un visionnaire qui, dès les années 90, montre maturité et bon goût dans des morceaux électro élégants qui ont probablement inspiré Moby qui a essayé de l’imiter sans égaler le maître. Cette année, Dr Olive a sorti deux compilations dont une reprenant des titres intemporels réalisés au siècle dernier : https://www.tqidr.com/rm1

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🎁 2 décembre : QVDN – « Vrai »


A la première écoute, j’étais conquis. Et, depuis, à chaque fois que QVDN m’envoie une demande de distribution digitale pour un nouveau single, je sais que je vais aimer. Pourtant c’est du rap. Et le rap et moi, ça fait deux. Non pas par principe, mais parce que le rap mainstream, tel qu’il existe dans sa forme contemporaine, n’attire plus ma curiosité. Dans leur prod, les morceaux de QVDN ont une vibe rock et rap des années 90, forcément ça me plaît. J’y retrouve des ambiances graves dignes de NTM (forcément une référence pour le boomer que je suis), et des textes passionnants à écouter de bout en bout, seuls les textes acerbes du Klub des Loosers me faisaient cet effet. La musique de QVDN est propre mais pas trop, jamais bourgeoise, et je voulais partager mon privilège qui est celui de savoir qu’un tel artiste existe.

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🎁 3 décembre : I’DAWN – « Triumph of Life »


Voyage dans le temps, retour en 1997 (alors que l’album a été produit en 2019). C’est brut comme du Nirvana unplugged, torturé comme du The Smashing Pumpkins, frais comme du Blur, légèrement désinvolte comme du Radiohead post-Pablo Honey et pré-The Bends, cool comme du The Brian Jonestown Massacre,. Voilà pour le name-dropping. Cet album déborde de sincérité, ça sonne indie (dans le BON sens du terme), et c’est tout l’album « Heads of the Family » qui devrait être recommandé en fait.

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🎁 4 décembre : MOOGY MOON – « La Forêt des Lucioles »


« La Forêt des Lucioles » est le premier titre de l’album « Epilobe : variations sylvestres » où Moogy Moon rend hommage aux films d’animation de Miyazaki. L’album est un carrefour entre le rock prog de Pink Floyd et de l’électro qui veut rester proche de l’organique. Le mélange des genres est une vraie réussite. J’ai choisi ce premier titre, mystérieux, mystique, cinématographique : chant de hibou, de grillons, tout se mêle parfaitement à la harpe et la petite boîte à musique qui présentent le thème principal du film. C’est plus qu’un bon album, c’est un superbe film à écouter. Et je ne vous dis pas ça parce que le mastering a été réalisé par TQIDr.

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🎁 5 décembre : LYDIA LAWSON – « Au Fond de la Rivière »


Elle n’a sorti qu’un seul titre en distribution digitale mais elle n’est pas née de la dernière pluie. La musique coule dans ses veines et sa voix va irriguer vos oreilles avec un flot hypnotique. Dans ce titre de Lydia Lawson, fille d’Emilie Simon et d’Ibeyi, la cascade de voix nous embarque, mais ni vers la droite, ni vers la gauche, ni vers devant, ni vers derrière : au fond. De la rivière. « Au Fond de la Rivière » est un titre ultra-prometteur d’une artiste qui a déjà fait ses preuves avec des trésors accessibles sur Youtube.

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🎁 6 décembre : CAMILLE GELB – « Still »


Quand j’ai découvert Camille Gelb, j’ai cru que j’hallucinais. Comment peut-on avoir un tel talent, être capable de créer une telle musique, et rester une artiste si confidentielle ? Entre la poésie d’Ane Brun et la délicatesse d’une Laura Marling, Camille est une génie vocale dotée d’un remarquable sens mélodique, sa musique me cloue sur mon fauteuil : c’est aussi beau qu’intéressant, aussi intelligemment bien composé et arrangé que bien produit. Une artiste dont j’attends la prochaine sortie avec une réelle impatience.

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🎁 7 décembre : LA YUF – « La chance »


Record du monde de coup de foudre musical : en 5 secondes, je savais que j’étais là en présence d’un super morceau d’un super artiste. Ce morceau va vous obséder, je crois bien. On est sur une désinvolture à la Mathias Malzieu (Dionysos), un engagement sincère digne d’un JP NATAF (Les Innocents), un texte poétique désabusé qu’aurait pu écrire un Fuzati (Klub des Loosers), et un style musical folk pop destroy descendant de la Mano Negra : tout est possible, c’est fun, c’est intense. J’en parle à tous les gens que je croise depuis des mois. Promis, l’an prochain, j’arrête : je vous parlerai de son prochain album.

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🎁 8 décembre : LUEUR TROUBLE – « Doutes »


Quel bonheur, cette guitare électrique de Lueur Trouble. Cette saturation chaleureuse fait beaucoup de bien et peut panser toutes les plaies de l’âme, rien qu’en l’écoutant. Méditatif, comme tout l’album dont il est issu, « Epitaphe », ce morceau est le discours d’une guitare encadré par un arrangement simple. J’y reconnais la posture « Ennio Morriconesque » d’Anna Calvi, qui laisse le souffle du silence peindre un tableau de vide et d’obscurité autour d’une guitare qui déclame ses questions, son incompréhension, son refus d’abandonner. Sombre sans être déprimant ni fataliste, « Doutes » est intelligemment humain, humainement intelligent : pas de supériorité, pas de réponses, juste un chemin à parcourir.

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🎁 9 décembre : MANZE – « Beats on the box »


Vous le savez, le rap n’est pas ma tasse de thé. Et pourtant j’aime beaucoup ce que certains m’envoient pour la distribution digitale. Manze, c’est du rap expérimental dans le fond et la forme. Première chose, tous les sons ont été réalisés à la bouche : basse, nappes, mélodies, percussions. Pour en faire un album tout entier, il faut être sacrément possédé. En parlant de possession, les ambiances sont inquiétantes, sombres, et ça me fait la même impression que l’album « Amnesiac » de Radiohead. Ni plus ni moins. Je pèse mes mots. On est ici sur un album singulier spontané, la marque du génie. « Beats on the Box » est le titre éponyme du premier album de Manze qui reste un artiste lui-même énigmatique, introuvable sur les réseaux sociaux qu’il fuit comme la peste. Et il a bien raison.

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🎁 10 décembre : PATRICK ERARD & PATRICE GABET – « Los Parasitos »


L’aventure de la distribution digitale de ce morceau incarne parfaitement la vocation de The Queen Is Dead Records : aider à réaliser, au sens littéral de « rendre réel ». Quand Patrick et Patrice enregistrent la vidéo de leur prestation acoustique live de « Los Parasitos », ils ne pensent pas à la distribution digitale. Il s’agit d’une chanson folk engagée au sujet de la Commission européenne qui a pour projet de réglementer la consommation des huiles essentielles et les classer comme produits à risque. « Venant de la région où nous cultivons la lavande, je te dis pas la rage », ajouta Patrick dans un mail.
L’exécution live est parfaite. Tellement qu’ils se disent qu’elle mérite d’être présente sur les plateformes de streaming. Patrick m’envoie le fichier vidéo, dont j’extrais l’audio, que je traite et masterise. Ce n’est pas fini ! Il fallait un visuel aussi. Ah ! Ils n’y avaient pas pensé ! Patrick cherche, propose des images pas vraiment exploitables, et il tombe sur Florence Houchot, dont les peintures l’inspirent. On en sélectionne une, Florence m’envoie le fichier, et j’ajoute les écritures autour de son œuvre, avec leurs noms et le titre, même si je ne suis pas graphiste (ni de formation, ni de revendication), et on obtient alors un résultat bien ficelé, qui plaît à tout le monde. La distribution digitale par The Queen Is Dead Records, ce n’est pas que transmettre les fichiers audio à Spotify & compagnie. C’est le faire aussi et surtout pour que la sortie ait lieu dans les meilleures conditions possibles.

🎅 YoutubeFlorence HouchotMastering avant/après 🎅

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🎁 11 décembre : TOO MANY JACKS – « Dressed in Red »


Quand Spinnup (propriété de Universal Music Group) a décidé de mettre tous les artistes dehors, c’était un mal pour un bien car beaucoup d’entre eux ont frappé à la porte de The Queen Is Dead Records. Chez Spinnup, Too Many Jacks (le premier banni à avoir contacté TQIDr) disposait d’une page artiste. Ça n’existait pas chez TQIDr, et ça a donc commencé avec eux, pour réparer l’injustice dont ils avaient été victimes de la meilleure des manières.
Le morceau « Dressed in Red », un des 14 titres de l’album « The party’s over », emprunte ses guitares au jeune Radiohead de la période « Pablo Honey » (c’est le même matos que pour le titre « Stop Whispering », non ??) avec Avril Lavigne au micro, avec l’immédiate efficacité cool d’un Best Coast. A écouter pendant une balade en voiture au bord de la mer, vitre ouverte, sauf si vous vous trouvez actuellement dans l’hémisphère nord de la planète.

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🎁 12 décembre : DREAMER« Unpublished Poet »


Les percussions des premières secondes m’ont fait penser à « Sexual Healing » de Marvin Gaye mélangé à « High and Dry » de Radiohead (oui, je suis monomaniaque de citer Radiohead à chaque fois que je le peux). On restera davantage dans la filiation avec le premier nom. Darius Choveaux-Gros, alias Dreamer, y démontre sa maîtrise de la magie musicale. Cette soul typée 90s me parle, m’envoûte. « Unpublished Poet » prend le temps, sans bling bling, avec des arrangements simples laissant entendre clairement ce beau synthé/orgue qui ondule légèrement d’être passé par une bande magnétique (j’adore ça!), à la manière d’un « Needy » d’Ariana Grande, agrémenté d’une boucle de percussion à la fois ferme et douce et des voix totalement différentes et totalement accordées. Grosse grosse maîtrise de son sujet.

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🎁 13 décembre : BLUE BIRD – « Ain’t Got No »


L’Espace Arc En Ciel (basé à Troyes) accompagne les travailleurs en situation de handicap dans leur parcours musical professionnel. Vous saviez que ce genre de structure existait ? Ils gèrent également l’aspect technique de la musique, le son et la lumière, en toute autonomie. Ils sortent des albums, font des concerts, et c’est tout simplement grandiose. Il n’y a pas que Blue Bird comme groupe, il y a aussi HTB, Clin d’Oeil Particulier, Nuanua… (tous disponibles sur les plateformes digitales). C’est une très belle réussite musicale, et une très belle réussite humaine. L’un ne va jamais sans l’autre.

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🎁 14 décembre : VICTOR BAUDIN – « Espaces Vestiges part I »


« Espace VeStiges », de Victor Baudin, aurait pu s’appeler « Espace VeRtiges ». Ces longues nappes hypnotiques ne sont pas sans me rappeler « Treefingers », le morceau que je zappais systématiquement quand je me suis procuré l’album « Kid A » de Radiohead (encore eux). Aujourd’hui, je sais écouter et apprécier ce genre de musique comme si c’était un panorama étourdissant, un voyage dans l’espace où les dimensions n’ont plus de référentiel intelligible. Réussir à retranscrire de manière sonore ce sentiment d’être minuscule et pris dans un tourbillon intérieur, c’est fort. Brillant.

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🎁 15 décembre : ISAAC REYNAL – « Gaïa 12 »


Quand j’ai découvert l’album d’Isaac Reynal, « Skyland », j’ai pensé à cette pop japonaise des années 90 dont je raffolais (et raffole toujours) et qu’on trouvait dans des dessins animés ou des jeux vidéos : c’est fun et ça fait sautiller, et ça reste aussi complètement appréciable même en position statique dans un bus, ou dans son lit avec de dormir (je l’ai fait). Avec des passionnantes péripéties d’arrangements qui constituent de véritables événements sonores en cascade, « Gaïa 12 » est un merveilleux final d’album, mais ça n’est pas vous spoiler de vous enjoindre à écouter cette perle en premier. Quelle fraîcheur !

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🎁 16 décembre : LIMA LIMA – « Parts of a Whole »


Ce morceau de Lima Lima est un parfait exemple de synthpop élégamment produite qu’on aurait pu entendre dans Stranger Things. Au lieu de ça, le music supervisor de la série nous a déterré un vieux « Running Up That Hill » (ok, le morceau est une tuerie, j’avoue). « Parts of a Whole » est très léger et mélancolique à la fois, donc brillant, et paradoxalement très modernement vintage. Je me réjouis de découvrir tous ces groupes récents de dreampop/synthpop où je sens une filiation avec Cocteau Twins : écouter ce genre de musique c’est un peu comme se téléporter dans les années 80, quand internet n’existait pas. Quelle époque formidable c’était.

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🎁 17 décembre : REBLOWN – « Love me to death »


Vous vous souvenez de Dido  ? En écoutant le premier EP de Reblown, je me souviens de l’impression que m’avait fait son album « No Angel ». Une voix libre, techniquement et mélodiquement, et des morceaux aux arrangements simples mais suffisants pour installer des ambiances aigres-douces. On sent bien que Reblown est une artiste très spontanée, dans une forme de défiance presque je dirais : elle n’hésite pas à présenter sa voix nue de toute réverb dans plusieurs de ses morceaux. Sa pop est particulière, atypique, et du coup très plaisante pour ceux qui aiment les artistes qui sortent des sentiers battus sans forcément finir dans de la musique expérimentale tordue : une intelligence musicale démontrée juste avec des choix subtils et néanmoins très forts.

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🎁 18 décembre : NO MILK TODAY – « Don’t you know it »


The Brian Jonestown Massacre a ses cousines à Toulouse. On dirait qu’elles sont 4, 5, 6, mais il ne s’agit en réalité que d’un duo ! Leur son est énorme ! Dans tous les sens du terme : massif et d’une beauté rare (les guitares claires et saturées sont si belles !). Leur album est remarquablement produit, ce qui est un bonheur car les morceaux qui le composent sont des tubes en puissance. « Don’t you know it » est le morceau que j’ai retenu, car son côté pop psyché est carrément jouissif. Mais j’aurais pu également choisir « Farewell », un morceau un peu plus énervé, rapide, qui fait sauter sur le lit et défoncer toutes les lattes du sommier. N’importe quel morceau est une bombe de toute façon.

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🎁 19 décembre : ALIENARIUM – « Phallic Industry »


Alienarium, c’est la tabassitude absolue. Mais pas sans le cerveau. On ne peut pas ne pas penser à Rage Against The Machine avec cette voix qui déclame avec une agressive conviction et ces guitares tantôt en fusion, tantôt plus calmes. Les morceaux ne sont pas des autoroutes de bourrinage, les gars sont des architectes mathrock qui construisent des morceaux à la folie canalisée. La leur, mais pas que.

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🎁 20 décembre : WOOLIEBUGGER « The Explorer »


Oubliez tout ce que vous avez écouté auparavant. Oubliez les couplets et les refrains. Oubliez l’idée-même de mélodie. Je ne sais pas si l’on peut dire qu’il s’agit de musique abstraite, ou de musique géométrique psychédélique concrète, dans le sens de quasiment « matériel » car les sons ici construisent quelque chose de palpable. Ici, la musique est une texture, composée de sons texturés qui tournent dans une reverb qui donne le tournis. Quelle expérience ! A ne pas mettre entre toutes les oreilles. Wooliebugger est à écouter sobre, et à jeun (pour être sûr).

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🎁 21 décembre : LEA JACTA EST – « Le Noël des Amis »


Le dernier titre distribué digitalement par TQIDr est sorti aujourd’hui, et il s’agit du single de Léa Jacta Est. LE morceau de VOTRE Noël 2022. C’est drôle, mignonnement Noëlesque, et un peu acide en même temps. A l’heure actuelle, après 4320 écoutes, je ne sais toujours pas s’il faut écouter les paroles comme une blague ou juste une narration du drame dans lequel l’humanité toute entière se trouve. Et j’aime bien ne pas savoir.

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🎁 22 décembre : PARTENO – « All the doors are closed »


A mi-chemin entre la noirceur d’un Joy Division et l’électro d’un Depeche Mode. Il y a New Order, vous allez me dire. Ici, c’est moins dansant comme ambiance : on relève son col de manteau, on met les mains dans les poches, et on traverse la ville à 3h du matin sous la pluie et les réverbères. Voilà ce que c’est que la musique de Parteno. Hé ! Revenez, c’est cool comme ambiance ! Les morceaux de leur EP font penser à Depeche Muse (Depeche Mode + Muse), sauf le dernier, « All the doors are closed », que j’ai choisi et qui est mon préféré. Il sonne un peu comme Archive en plus. Ajouté aux autres influences du groupe, c’est vraiment bon !

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🎁 23 décembre : DANSIL – « Morphée »


Certains diront que ce n’est pas parce qu’il y a un important débit vocal scandé que c’est du rap, car le rap est plus qu’une pratique technique. Au départ, c’est une culture née dans les années 70, dans les ghettos afroaméricains, avec des musiques composées d’emprunts et collages, où sont déclamés des textes de révolte. Oui mais voilà, la culture rap évolue, s’étire, se démocratise, et se mêle à des mouvances plus pop. Dansil est un très beau représentant de cette approche moderne d’un rap/pop, à la recherche du beau, et servi par un très sérieux travail de recherche sonore. Et ça ne fait pas que chercher, ça trouve aussi ! La production est béton, et artistiquement c’est beau. Chapeau !

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🎁 24 décembre : 3 TO THE 3RD MUSIC – « Optional Essentials X​-​mas 2022 Special Edition »


Pour conclure ce Calendrier de l’Avent 2022, pas un morceau, mais un EP à l’honneur. « Optional Essentials » est une série d’EP et albums confectionnés par 3 To The 3rd Music, label belge que j’ai souvent mentionné depuis quelques années, et fondé par Oliv’ de Dr Olive and the Hoperators. Dans ces compilations, on y trouve des morceaux électro/lounge/psyché/pop d’artistes du monde entier. Cette année, l’argent récolté par cette édition spéciale de Noël (en vente sur Bandcamp) sera reversé à une artiste-designeuse, Eclectic Gipsyland, dont vous pourrez également voir le très joli catalogue ici : https://www.ravelry.com/designers/eclectic-gipsyland

🎅 Instagram de 3 To The 3rd MusicInstagram d’Eclectic GipsylandFacebookBandcampOptional Essentials (toutes les sorties) 🎅

Joyeux Noël et bonnes fêtes de fin d’année !

L.A

Label, Témoignage

Lettre ouverte aux musiciens qui rêvent de succès

The Queen Is Dead Records n’est pas un grand label. Et pourtant, chaque semaine, je reçois des messages d’artistes qui veulent être suivis, accompagnés, afin de connaître enfin le succès tant mérité après des années, parfois des dizaines d’années, de pratique.
Je réponds toujours. Mes réponses sont généralement synthétiques, mais la dernière en date est plus longue et fournie que d’habitude. J’ai donc l’envie d’en partager ici son contenu, sous la forme d’une lettre ouverte destinée à tous ces musiciens, fatigués, perdus, ambitieux, à qui je n’ai pas encore répondu.



Bonjour [à vous, jeune entrepreneur],

La question de la promotion de sa musique occupe l’esprit de tous ceux qui sont fiers de leur œuvre et sont prêts à la partager. Vous n’êtes pas sans savoir que la concurrence ici-bas est très rude, et l’offre dépasse – de loin – la demande. Nul ne peut aller contre cette loi du marché, universelle : la concurrence invisibilise certains, et en propulse d’autres.

En effet, vous le dites vous-même, personne n’ira acheter votre musique sur internet, ou ailleurs, si personne ne vous connaît. C’est presque une lapalissade : on ne peut aimer ce qu’on ne connaît pas. Il vous faudra alors entreprendre des actions pour gagner un public, c’est-à-dire travailler le marketing et la communication autour de votre œuvre pour gagner l’attention des autres, et pouvoir peut-être ensuite obtenir leur temps : écouter de la musique coûte de l’argent et du temps.
Le temps de chacun s’organise de manière très personnelle : le temps alloué aux découvertes et le temps alloué aux musiques déjà connues sont de proportions très variables d’un individu à l’autre. Il n’est pas aisé d’amener une personne à investir son temps.

La musique, comme tout autre produit qui cherche sa cible, nécessite une stratégie. L’auditoire hypnotisé qui viendra à vous sans effort, cela n’existe pas. Et ce, quel que soit votre talent. Si vous étiez le seul musicien de la planète, vous seriez certainement connu de (presque) tous. Dans le monde réel, il sera nécessaire pour vous de vous poser la question de ce qui fait la singularité de votre musique pour faire pleinement connaissance avec vous-même, comprendre qui vous êtes, et ensuite pouvoir en parler avec pertinence et sagacité aux autres. Nous sommes tous uniques, et nous ne savons le montrer correctement que lorsque nous nous en rendons compte nous-mêmes.

Avant de bénéficier d’une aide extérieure, vous devrez forcément faire vos preuves seul. Les labels, quel que soit leur modèle économique, disposent d’un temps – encore lui – limité.

Plutôt que rêver de succès, je vous propose un chemin plus réaliste : construisez-le. « Aide-toi, le ciel t’aidera » fonctionne également dans notre secteur : les gens qui sont les plus courageux attirent davantage que ceux qui attendent que l’on travaille pour eux. Si vous cherchez un label qui travaillera pour vous, à votre service et à votre place, vous risquez de chercher longtemps avant de croiser une âme charitable. Le travail ne sera que collectif, il ne se fera pas sans vous, et seulement après une phase de travail individuel, pour lancer la machine. Isolé, certes, mais vous trouverez toujours des passionnés qui pourront vous encourager et vous dire les vérités qui vous feront gagner du temps. Il y a plus beau qu’une illusion à laquelle croire : un projet qui prend corps et se réalise.

Vous êtes musicien, pas commerçant,  « ce n’est pas mon travail », et vous pensez peut-être que je vous renvoie dans les cordes par méchanceté, fainéantise, par manque d’intérêt ou de curiosité ou de temps. Préparez-vous à constater la généralisation de cette position du côté des labels, maisons de disque et autres structures dans le milieu musical. Passez la tête de l’autre côté du miroir : aider un artiste qui travaille beaucoup seul stimule nettement plus qu’un artiste trop peu humble qui ne se sent pas concerné par l’acte de promotion de sa propre musique. Le manque d’intérêt que pourrait porter un artiste à l’égard de l’ensemble des actions à mener pour défendre et promouvoir sa propre musique permet une sélection naturelle : les plus passionnés seront aidés, les divas seront oubliées. Investissez dans votre musique, montrez le chemin d’abord, vous serez suivi.

Vous avez parcouru le site de The Queen Is Dead Records, donc vous savez avec précision quelle ligne éditoriale le label cultive, et quels périmètres sont couverts. (1)
Je peux vous proposer le mastering de vos œuvres, si elles en avaient toutefois besoin. The Queen Is Dead Records est également un distributeur digital, et peut déposer votre musique sur Spotify, Deezer, Apple Music et les autres plateformes de streaming. Quant à l’aspect marketing et communication, je vous oriente vers ma camarade Guilaine Robin, qui est la meilleure guide dans le domaine : https://www.guilsrecords.com/
Ses livres sont de véritables mines d’or : https://www.guilsrecords.com/livres-ebooks

J’aurai un dernier conseil : lorsque vous souhaitez entrer en contact avec un professionnel de la musique, je vous recommande de ne pas multiplier les appels téléphoniques sur une courte période. Un message sur le répondeur ainsi qu’un message écrit suffisent à signaler votre sollicitation. Une maladresse dans la prise de contact (un effet de harcèlement téléphonique par exemple) pourrait refroidir votre interlocuteur et empêcher le bon déroulement d’une collaboration future. A titre personnel, je ne vous en tiens pas rigueur, voyez : je vous ai répondu.

(1) The Queen Is Dead Records accompagne les musiciens pendant les phases de production de leur musique, et n’agit pas pour la promotion des musiciens qui ont déjà produit leur musique, et garde une action limitée pour ces artistes en matière de marketing et communication. The Queen Is Dead Records est un label indépendant pour artistes indépendants, format non-conventionnel mais qui s’inscrit dans une logique de « musicien DIY » qui est l’entrepreneur de sa propre musique plutôt que le produit d’une maison de disque.

Bon courage à tous.

L.A