TQID#36 / « How to Disappear Completely » – Radiohead

La reprise de décembre, c’était l’an dernier, il y a plus d’un mois. Il est encore temps de vous en parler puisque la première reprise de l’année 2019 n’est pas encore sortie (mais arrive de manière imminente, dans une poignée d’heures). Petit retour sur la dernière reprise de 2018, qui achève une année supplémentaire d’expérimentation. Pas d’invité, juste moi-même aux commandes, devant et derrière le micro.

Les premières fois que j’ai entendu « How to Disappear Completely », c’était pendant des parties d’ISS Pro Evolution sur Playstation, chez Julien. Il passait l’album Kid A en boucle pendant nos après-midis de matches endiablés. Au début, je me souviens avoir pensé que c’était un bruit d’aspirateur dans le fond du morceau (ce sont des ondes Martenot). Je ne respectais rien. Mais la grâce du morceau était incontestable.
Et en plus, quand j’ai appris la guitare, j’ai pu rapidement le jouer. C’est un des morceaux les plus simples de Radiohead. Tout l’intérêt du morceau réside dans les arrangements géniaux, la basse qui tourne en rond et les cordes qui ouvrent les nuages pour laisser la lumière divine s’abattre sur Thom. D’ailleurs, c’est la chanson du groupe que Thom préfère.
Les paroles, « I’m not here/this isn’t happening », sonnent comme un mantra, comme pendant une désincarnation quand on souhaite partir de là où l’on est bloqué. Ce n’est pas parce qu’on est un groupe majeur de son époque que tous les tapis rouges sont déroulés et que les gens sont polis et délicats.

Généralement il y a un invité pour la reprise du mois. De temps en temps, il n’y en a pas, pour des raisons de disponibilité des uns ou des autres. C’est alors l’occasion pour moi-même de me remettre en selle et d’être mon propre invité !
En 2016, j’ai démarré les reprises du mois avec des invités pour sortir de mes habitudes et aller voir ailleurs, parce que je ne trouvais plus les réponses dans la production de ma propre musique.
es reprises du mois se suivent mais je n’ai pas besoin de créer une cohérence entre elles. A la fin de l’année elles sont compilées, mais le propos n’est pas de créer une cohérence dans le choix des morceaux, l’exercice est principalement technique : pousser mon invité au-delà de ses limites artistiques, et me pousser au-delà des miennes dans le domaine de la production.
Ces dernières années, en privilégiant le travail de production, j’ai beaucoup moins travaillé ma technique instrumentale et ma voix. Là où il y a le plus de perte, c’est dans la voix. Ainsi, à chaque fois que je suis mon propre invité, je me remets à rééduquer un peu ma voix, pour en réveiller les potentiels. Bien sûr, l’endurance n’est plus au top, la faute au manque de pratique. L’élasticité et la précision non plus. Néanmoins, il y a toujours un feeling artistique, il suffit de sonder les possibilités physiques toujours présentes pour faire quelque chose qui tienne la route en fonction de ces limites.
Je pense que les reprises du mois connaissent leur dernière année en 2019, ensuite je me consacrerai aux autres projets. Les miens, et ceux des autres. Les reprises du mois étaient l’occasion de mettre certaines personnes en lumière et montrer aux autres leurs qualités, et révéler aux invités eux-mêmes leurs propres qualités. Je ne dis pas que j’ai fait le tour de l’exercice, mais il y a des artistes qui ont besoin d’accompagnement dans la réalisation de leur propre musique, et j’ai envie de creuser dans cette direction.Pour l’instant, seules les reprises de l’année 2016 sont sur Spotify et compagnie. Les reprises de l’année 2017 et 2018 sont en cours de remixage avant d’être envoyées sur les plateformes streaming. En 2016, je me faisais la main avec tout le matériel que j’avais accumulé en peu de temps, et j’essayais de trouver un moyen quelconque, n’importe lequel, pour trouver une direction aux morceaux. En 2017, l’exercice était de faire sonner les reprises comme si elles étaient exécutées en live par des groupes entiers. En 2018, le but était d’utiliser autant de claviers que possible, aussi peu de guitares que possible. En 2019… Vous verrez ! La reprise de janvier sort ce lundi (demain).

Retrouvez « How to Disappear Completely » sur Bandcamp et Soundcloud.

E.C.

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TQID#36 / « How to Disappear Completely » – Radiohead

TQID#35 / « Past Love » – Kimbra

« Ah oui, c’est pas la meuf qui chante ‘Somebody that I Used to Know’ en duo avec le mec et qui se font peindre de toutes les couleurs ? »
Tout comme Radiohead avec « Creep », Kimbra a évidemment bien plus de faits d’armes à son crédit. Avec le temps, elle s’est hissée aux côtés de Nosfell, Anna Calvi et Jeff Buckley dans mon panel personnel et restreint d’artistes de référence qui abattent leurs propres limites et montrent le chemin à suivre pour affirmer son propre univers. Il me fallait bien une chanteuse du calibre d’Apoline pour cette reprise. Franchement, à part elle, je ne vois pas à qui je pouvais demander (sachant que j’avais déjà invité les meilleures chanteuses d’Ile-de-France pour des précédentes reprises de 2018).

Gotye est belge (ce qui explique beaucoup de choses) mais a grandi en Australie. En 2011, il sort « Somebody that I Used to Know », en duo avec une petite néo-zélandaise de 21 ans, Kimbra. Gotye est devenu « somebody that we used to know », puisque c’est un one-hit singer qui a totalement disparu de la circulation depuis, et qui doit en plus de l’argent pour plagiat. Au chapitre des blagues, Gotye s’est aussi lancé dans la politique avec le Basics Rock’n’Roll Party en 2014. Inutile de vous dire qu’il n’a pas gagné les élections. Franchement, j’ai du mal à faire un portrait flatteur de Gotye. Il n’y a pas grand chose à gratter, j’espère qu’il a une vie personnelle épanouissante, parce que sa vie publique n’est pas vraiment flamboyante…

Kimbra, quant à elle,  n’était pas du tout le faire-valoir de ce duo, bien au contraire, puisqu’elle montre déjà une excellentissime maîtrise vocale à l’époque. Kimbra a démarré la guitare à 12 ans, n’a jamais pris de cours de chant, mais est brillante et a bon goût : Ella Fitzgerald, Frank Sinatra, Jeff Buckley, Björk… Elle travaille rythmes et harmonies pour explorer autant que possible l’ensemble des possibilités. Elle cite la française Camille dans ses inspirations qui lui ont fait découvrir la voix comme instrument à part entière, plus qu’un instrument à chanter. A 19 ans, elle n’a pas peur de reprendre du Jeff à sa manière. Quelle héroïne. Même les versions live de ses propres chansons sont des réinventions complètes. Prenons le cas de « Settle Down », un des morceaux qui l’a propulsée aux oreilles du monde (wah j’écris bien) : la version live (ci-dessous) est incroyable à s’en décrocher la mâchoire.

Bon, ça y est ? Vous êtes amoureux ? Vous n’avez pas fini d’en voir (entendre) de toutes les couleurs. J’ai été à mon premier concert de Kimbra le 26 novembre 2017, à la Maroquinerie. J’ai été totalement terrassé par sa présence scénique, sa générosité, son engagement technique également. Elle ne choisit aucune voie de facilité et se met en danger au point de commettre volontiers des erreurs : elle s’était reprise à 3 fois pour jouer son dernier morceau de concert, puisqu’elle avait un problème de synchronisation de ses loops. C’est un point commun qu’elle a avec Nosfell : ce sont des monstres techniques et physiques qui ne gèrent pas pour assurer le coup. Elle prend constamment des risques, à la recherche perpétuelle d’un état de grâce (sa quête EST cet état de grâce). Entre ses morceaux, elle sort de ses transes pour redevenir une petite fille de pas encore 30 ans. Pendant ses morceaux, elle est une reine. Je ne me suis toujours pas remis de ce concert… Elle avait commencé très très fort avec en intro un morceau intimiste dans sa version album (« Version of Me »), qui finit en feux d’artifice interstellaires. C’est à l’occasion de ce concert qu’elle jouait pour l’une des toutes premières fois « Past Love ». C’était le retour de la guitare en concert, elle qui est habituée à ses pads et claviers de l’espace. Ce morceau est devenu instantanément mon préféré.

L’album Primal Heart, sorti en avril 2018, est une pure tuerie. En ce qui concert « Past Love », la version album est plus tradi (oui, j’en parle comme du pain), un peu rétro même. Et je voulais retrouver le côté dramatique de la version live. Mais QUI pouvait reprendre un morceau de Kimbra ? Apoline, une des rares chanteuses qui possède à la fois la noblesse des intentions avec la classe de la réalisation.
En octobre dernier, à la JIMI, un camarade à elle, qui avait participé à la réalisation de son premier EP de démos, est venu au stand de The Queen Is Dead Records pour présenter une chanteuse qu’il décrivait comme talentueuse, « qui mérite vraiment un coup de main ». Oui oui, c’est ça, c’est ce qu’ils disent tous quand ils te filent un CD qu’ils veulent que tu écoutes. Quand Martin (Leyne) et moi-même avons écouté le CD le soir-même, on est tout de suite devenu très très fan. Je ne l’avais pas rencontrée physiquement, alors je lui ai envoyé un message via Facebook pour lui proposer de participer à une reprise du mois. Elle a accepté ma méthode de travail, a été très sérieuse dans sa préparation, n’a pas été impressionnée par Kimbra et a fait ce qui lui semblait le mieux avec sa patte personnelle et mes indications. La classe absolue.
Dans la lignée de son EP de démos, j’ai choisi un habillage et des arrangements sobres et classes, simples (tout est relatif) mais efficace, laissant de la place pour mettre en valeur la voix d’Apoline. J’espère qu’elle reviendra bientôt pour enregistrer d’autres choses !

Retrouvez « Past Love » sur Bandcamp et Soundcloud.

E.C.

TQID#35 / « Past Love » – Kimbra

TQID#34 / « Back in NYC » – Genesis

La 34ème reprise du mois est probablement l’un des morceaux les plus difficiles à chanter, et l’une des musiques les plus difficiles à jouer. Pour accompagner la voix dIves Astorelly, j’ai demandé à Dr Olive de m’aider. Il me fallait un docteur pour réaliser cette reprise chirurgicale… #RiresEnregistrés

« Back in NYC » n’est pas un morceau de Genesis, mais de Genesis. Je m’explique : le grand public connaît Genesis par des tubes tels que « Another Day in Paradise » ou « I Can’t Dance », sur lequel je me souviens clairement avoir dansé la chorégraphie aldo-maccionesque dans ma chambre, en 1991. Mais ce Genesis-là, c’est du Phil Collins. Je n’ai pas dit « de la m… », mais du Phil Collins. Un gars a priori sympa mais tout de même capable de chanter des fadaises sur des mélodies pauvrettes. Ok, il le fait avec une telle sincérité (naïveté ?) que finalement on ne lui en veut pas trop.

Mes parents n’ont jamais été des mélomanes au point de vouloir m’imposer leurs goûts, ou même me présenter ce qui était selon eux « la vraie bonne musique ». Je me souviens surtout de Daniel Balavoine, qui me semble avoir tourné en boucle dans le salon vers la fin des années 80, jusqu’au milieu des années 95. Hormis Daniel, il y a eu peu de conditionnement. Ma première expérience avec Genesis, c’était la cassette dans l’autoradio de la voiture de mon père lors d’un long trajet de Bretagne jusqu’à chez ma grand-mère dans l’Essonne, en 1989 ou 1990 je crois. Il n’avait rien dit, j’avais juste vu « Genesis » sur la cassette, il n’avait fait aucun prosélytisme. Je me souviens clairement de ce que j’ai pensé à la première écoute : « l’ambiance est bizarre ». Des trucs clairement expérimentaux et inaudibles pour la plupart des gens, mais certainement pas « nuls ». Un côté joueur mais complexe, mais joueur, mais complexe, à la Zappa en quelque sorte. Mais là je parle de l’époque de Peter Gabriel, ne nous méprenons pas. Phil Collins est un popeux mainstream mignon qui a toujours fait de la musique pour les gens peu pointus (il n’a rien inventé). Peter Gabriel, en plus d’être un vrai chanteur épique, et fou, était manifestement à l’initiative de compositions de rock progressif à l’apparence déstructurée. Génial pour ceux qui ont la patience, chiant pour les mainstreameux.

J’ai redécouvert Genesis, et plus particulièrement « Back in NYC », grâce à la reprise de Jeff Buckley qui figure dans « Sketches for my Sweetheart the Drunk », un album post-mortem sorti presque un an jour pour jour après sa mort, fin mai 1998. Mmmmh quel bon goût ! M’enfin, outre ce cynisme mercantile, cet album composé de deux CD est une mine d’or pour tout fan du bellâtre (je plaide coupable) (je suis fan du bellâtre) (et j’ai blasphémé avec le mot « bellâtre »). Sa version enregistrée sur un simple enregistreur quatre pistes est folle, et démontre sa maîtrise guitaristique, sa créativité et son talent musical sans commune mesure. Oui je suis fan du mec, mais si tu écoutais plutôt, au lieu de te moquer :

La reprise de Jeff m’a ensuite conduit évidemment à la version originale, et là j’ai complètement adoré. Il y avait des exceptions rythmiques, des arrangements bizarres, un piano simple mais jouissif… Je ne connais pas grand monde qui se serait frotté à une reprise de ce calibre. Tant vocalement qu’instrumentalement. D’ailleurs, c’est ce que j’avais annoncé à Ives l’été dernier, quand on a enregistré sa voix (avec un simple point de repère tonal, sans les arrangements finaux) : je comptais sur Dr Olive pour faire le plus gros du travail, je ne commencerais rien sans lui. Et, malgré son manque cruel de temps,  j’ai eu des pistes en or massif de sa part. Si j’avais dû faire toutes les pistes instru moi-même, j’aurais été trop fatigué pour y voir clair pour les arrangements et le mixage. Merci infiniment à lui ! Pour quelques pistes de Roli (le grand classique de 2018) et surtout la caisse claire pop qui vient briser la signature rythmique originale, je plaide coupable (c’est mon expression du jour). Pardon au docteur d’avoir zigouillé son intention originelle, mais j’assume (quel enfoiré je suis).
En 2019, Dr Olive sortira un album qui mijote depuis plusieurs années. Le docteur est un perfectionniste, et il aime les machines et les expérimentations pink-floydiennes, c’est pas du fast food musical. Sur son Soundcloud, il classe sa musique dans le style « neo kraut ambient prog ». Sur son Bandcamp, on peut tout écouter pour vérifier. Oui, à un moment t’as juste plus les mots pour expliquer ce que tu fais, tu fais écouter aux gens et c’est tout de suite plus clair :

Dès qu’il y aura du neuf pour Dr Olive, on vous fera signe. Idem avec Ives qui a enregistré ses premiers morceaux il y a quelques semaines, et qui a des choses prévues en 2019. Suivez-les sur Facebook, mangez 3 fruits et légumes par jour, ayez une activité physique régulière et dormez la nuit.

Retrouvez « Back in NYC » sur Bandcamp et Soundcloud.

E.C.

TQID#34 / « Back in NYC » – Genesis