Non classé, Témoignage

BLUE CHILL – Voyage dans le temps et dans les internets de 2002 à 2021

Depuis décembre 2020, Blue Chill (mon groupe/projet musical) a un nouveau site avec un nouveau nom de domaine, bluechill.org. Blue Chill existe depuis presque 17 ans et a occupé, sous toutes ses formes, l’espace offert par internet pour exister, et a connu à peu près toutes les plateformes de réseaux sociaux depuis… l’invention des réseaux sociaux, pour finalement encore avoir un site en 2020. Je trouve assez intéressant de passer en revue mon cheminement à travers les internets depuis le début du début.
NB : N’oubliez pas que c’était il y a longtemps, les standards esthétiques ont beaucoup évolué, et j’étais jeune.

2002 / Netscape, Yahoo Messenger et Lycos

En 2002, je découvrais internet. J’avais commencé à faire un site par l’intermédiaire de Netscape (#RIPNetscape), en tout cas je le croyais. Un peu à la manière de Creed dans The Office, j’avais juste tout rédigé et mis en forme dans le navigateur, sans aucune publication en ligne. On ne se moque pas. Bon, ok, si, on peut. Premier contact avec l’idée d’exister dans les internets.
En 2004, année de création de Blue Chill, je trouve un moyen de publier sur internet : Lycos, et son interface « Multimania ». Avec web ftp et WYSIWYG, et mon inspiration immonde de draps bleu foncé en fond d’écran, pour faire classe (j’ai cherché l’image, mais elle est tellement 2004 qu’elle n’apparaît pas dans Google Images). C’était profondément moche, surtout que je mettais trop d’images sur chaque page et c’était lourd sans ADSL à l’époque.
Je jouais l’apprenti sorcier, en copiant-collant des codes html « magiques », trouvés sur internet, qui faisaient par exemple tomber de la neige à travers les pages du site quand c’était l’hiver. Je programmais des pop-up sur la page d’accueil pour souhaiter « Bienvenue » (avec le bouton « OK » pour fermer le pop-up). Il y avait aussi le compteur de visiteurs pour se la raconter quand on arrivait à plus de 100. J’avais même réussi à y héberger un « tchat ». A cette époque, j’ai découvert l’utilisation des balises html pour le gras/souligné/italique, pour les couleurs, pour les alignements, incrustations de liens, affichages d’images. C’était rigolo, mais beaucoup plus pour moi que pour les visiteurs.

2004/ Skyblog, l’époque où on écrivait des pavés

Toujours en 2004, il y a eu Skyblog. Les « skyblogs » étaient proposés par le site de la station de radio spécialisée dans le rap et le R’n’B, Skyrock. Mais on trouvait toutes sortes de profils parmi les utilisateurs de cette plateforme, y compris des adorateurs de Christophe Maé (pas moi) ou de Radiohead (moi). Le principe était simple : on postait une image ou un texte, ou les deux. A l’époque, aucun like, juste des commentaires. L’engagement des visiteurs demandait plus de temps qu’avec les likes rapides d’aujourd’hui. Il y avait la possibilité de faire partie d’une vraie communauté dont les membres se commentaient mutuellement les articles. Ça marchait, c’était un peu intéressant parfois, bon enfant, mignon.
Skyblog servait de journal intime, ou à partager des récits humoristiques de quelque chose qui nous était arrivé, ou une critique de film, d’album de musique… Les photographes et graphistes postaient leurs œuvres, les musiciens devaient héberger leur musique ailleurs et faire des liens externes. Dans un premier temps, Skyblog était donc idéal pour ranger les premiers textes de chanson de Blue Chill, décorés de visuels parfois faits maison, parfois offerts par le camarade Toma, dessinateur possédant un joli coup de crayon. A ma grande surprise, ce blog existe toujours : https://bluechill.skyrock.com/

2005 / Myspace : « oups »

En 2005, Blue Chill commence à avoir ses premiers mp3, et Myspace a le vent en poupe à cette époque. On a quelque chose d’assez directif, plus que Lycos mais moins qu’une page Facebook. On a des blocs que l’on peut bouger, customiser, et tous les utilisateurs usent et abusent des incrustations de codes html. On a des licornes_scintillantes.gif et des winking_rabbits.gif, les profils perso sont très kawaii, mais certains profils musicaux sont la classe incarnée. J’essaye donc de m’inspirer. Le lecteur de musique incrusté en haut de la page accueille dans un premier temps quatre morceaux, avec le compteur de lectures qui apparaît publiquement. De temps en temps, on fait tourner les morceaux, en gardant ceux avec les meilleurs scores d’écoutes, pour impressionner les visiteurs avec des gros chiffres. On peut y incruster des vidéos Youtube, ce qui à l’époque ajoute à l’illusion de professionnalisme. Les commentaires publics se résument bien souvent à « Merci pour l’ajout », parfois on a des vrais commentaires sympas qui font plaisir, sans véritablement sentir une dynamique de communauté, ni pour Blue Chill ni pour d’autres : tout le monde avait juste l’ambition nombriliste d’avoir le plus beau Myspace.
Facebook gagne du terrain à partir de 2007, Myspace a du mal à lutter. Justin Timberlake rachète Myspace en 2012, ok, pourquoi pas. Soudain, le 18 mars 2019, c’est le drame : Myspace perd 12 ans de contenus. Unique trace du myspace de Blue Chill : la capture d’écran ci-dessus. Sinon, oui, le lien reste toujours actif, mais quand j’ai été totalement découragé quand j’ai appris que tout avait disparu, donc je l’ai laissé vide.
Plus de 50 millions de chansons ont disparu, toutes les photos et commentaires et gifs d’animaux mignons uploadés entre 2003 et 2015 sont aspirées dans le néant. What. The. Fuck. Aujourd’hui Myspace est devenu un réseau social fantôme (plus de 100 millions de visiteurs par mois entre 2005 et 2008, seulement 7 millions par mois en 2020) que tout le monde méprise ou déteste (j’en fais des tonnes exprès). MERCI JUSTIN.

2007 / Facebook, le groupe se met à la page

Je m’inscris sur Facebook en novembre 2007, et je suis presque sûr qu’à cette époque aucun de mes amis Facebook actuel ne s’y était encore inscrit. Donc ça ne servait qu’à une chose : regarder qui était assez geek pour s’inscrire sur un tel réseau social pas du tout hypé à ce moment-là. Le format de profil personnel ne se prêtant pas à la présentation d’une activité musicale, j’opte pour le format « groupe ». En 2009, le format « page » arrive et résout quelques problèmes en matière de promotion de contenus. Myspace devient un peu ringard, Facebook gagne en popularité, et en 2020 on y est encore tous… Ou presque. Sur Facebook les politiques de censures de contenus sont plus que discutables, voire carrément totalement injustes, et le côté intrusif de ce géant commence à en gêner beaucoup d’un point de vue éthique. Je ne connais personne nouvellement inscrit sur Facebook, par contre je connais des gens qui quittent Facebook. Il existe bien VK, avec une interface qui ressemble beaucoup au vieux Facebook. Mais quand on veut avoir de la visibilité, on reste dans la lumière.

2008/ La fin de l’ère des blogs, l’avènement de l’ogre Facebook

En 2008, Skyblog pense enfin aux musiciens, et propose un lecteur de musique sur des pages « artistes ». Mais à l’époque de cette mise-à-jour, tout mon réseau a migré vers Facebook, ou MSN Messenger (#RIPMSN) Donc la messe était dite. Par nostalgie, je constitue tout de même une page (bizarrement, à l’heure où j’écris ces lignes, le skyblog musical de Blue Chill existe toujours : https://blue-chill.skyrock.com/) mais Skyblog, devenu entre-temps « blog skyrock » (avec l’extension nomdublog.skyrock.fr), est devenu démodé. Je tente alors une plateforme de blog un peu plus « mature » avec Over-Blog. Mais, arrivé en 2010, le format du blog semble un peu dépassé, et il est plus facile de s’adresser à une communauté au sein-même de l’écosystème où elle existe avec des publications « natives ». Oui, vous lisez un article de blog là, mais ça n’est plus la tendance générale du moment. Autrefois, tout le monde avait un blog, même les gens qui n’avaient pas grand chose à dire ou à montrer. Aujourd’hui, ces gens-là postent leurs photos ou leurs opinions sur Facebook. Le blog est devenu un format incontournable quand on veut écrire beaucoup avec une mise en page soignée.
Un lien externe à Facebook ne bénéficiera pas d’un algorithme de visibilité très généreux. Par exemple, les vidéos sur Facebook n’ont pas toutes le même traitement : les vidéos Facebook obtiennent 477% de partages supplémentaires, 530 commentaires en plus, en comparaison avec les vidéos Youtube, et surtout un taux d’interaction supérieur de 168% (statistiques de novembre 2020). Le compte Youtube de Blue Chill ne peut donc pas être sollicité sur Facebook (oui, je sais, je mise beaucoup sur Facebook). Tout ça ne donne pas très envie de poster un lien vers un blog, mais plutôt de faire une grosse publication dans Facebook. ASTUCE : la technique à utiliser (et c’est ce que je fais), c’est de poster une image sur Facebook pour accompagner tout lien externe. Facebook ne va pas considérer que c’est un partage de lien externe décoré d’une image, mais au contraire qu’il s’agit d’une image native avec une légende… comportant un lien ! Héhé.

2009 / Jamendo et Dogmazic : musique libre, escroquerie et mauvais goût

Concernant la musique libre, on peut voir les choses de deux façons. Soit c’est une voie inspirée par une philosophie : l’idée de partage et de libre circulation de la musique. Soit c’est une voie inspirée par la louze : l’idée d’être écouté à tout prix, surtout le plus petit (prix). En 2009, Spotify et Deezer existent mais c’est beaucoup trop compliqué pour un groupe lambda d’y placer sa musique. Le skyblog musical n’est pas le top de la classe, entaché de la réputation de radio hyper commerciale attribuée à Skyrock. Alors Jamendo ressemblait à une bonne idée.
Le site était propre, convivial avec une communauté mise en avant : un forum vivant, des commentaires bienveillants affichés sous les albums. Regardez la capture d’époque que je vous ai retrouvée (ci-dessus), lisez un peu ce que les gens avaient écrit sous un de nos albums. C’est du pur délire extatique. Jamendo était une sorte de Myspace soyeux sans gifs d’animaux qui clignotent, et avec la possibilité d’y présenter ses albums entiers. Ça peut sembler anodin, mais en 2009, je vous jure, c’était la seule solution simple et gratuite pour présenter en écoute libre un album de plusieurs pistes avec lecteur intégré dans la page (qu’on pouvait exporter d’ailleurs sur une page web).
Hélas, Jamendo est un peu l’île maudite où échouent tous ceux qui n’ont eu aucune reconnaissance, peu importe la taille de leur ambition ou la qualité intrinsèque de leur musique. Je ne dis pas que toute la musique qu’avait posté Blue Chill était grandiose, justement : n’importe qui postait n’importe quoi, et tout le monde le savait, donc personne n’allait sur Jamendo sauf les musiciens qui y postaient eux-mêmes leurs musiques, et quelques rares copains de ces musiciens, pour mettre 5 étoiles par solidarité. Les gentils commentaires n’étaient que de la lèche, parfois on pouvait lire le total opposé, comme « not worth a listen » comme unique commentaire posté sous un autre album. Un avant-goût des réseaux sociaux actuels, cruels, snif.
Une île maudite, disais-je, où s’abritent des musiciens en mal de reconnaissance. Qui se feront dévorer par le monstre de l’île. Le pire, c’est l’attitude de Jamendo. Autant vous dire que les 10 euros qu’Hélène avait laissés comme don n’ont JAMAIS été reçus par Blue Chill. Et Jamendo réussissait même à vendre en douce la musique des utilisateurs du site, non mais sérieusement. Je me souviens d’un groupe brestois qui avait entendu sa musique passer sur une grande chaîne nationale d’un pays frontalier. Jamendo devait être le protecteur et le garant d’une juste rémunération, mais avait perçu l’argent sans rétribuer le groupe. Du coup, pour récupérer l’argent volé par Jamendo, le groupe est passé du côté obscur et a rejoint la Sacem. Comme quoi, parfois nos principes ont juste un prix en fait. Ne nous leurrons pas, l’idée du libre c’était juste de passer pour un musicien pas vénal et modeste en attendant de trouver un moyen de devenir riche et connu, of course. Dès qu’on voit une bretelle de sortie de l’autoroute de la misère, on la prend, quitte à rouler sur un chat errant, j’aurais fait pareil (j’aime pas les chats).
Sinon, Dogmazic c’était comme Jamendo, mais avec l’honnêteté et sans le style. Regardez-moi cette horrible charte graphique orange. C’était tellement moche que finalement j’avais retiré toute la musique de là-bas. Berk.

2011 / Bandcamp, liberté, égalité, sobriété, efficacité

Jamendo semblait mieux que Myspace. Mais Bandcamp a vite remplacé Jamendo dans mon coeur. Cette interface doit être d’origine marseillaise, car elle va « droit au but » (coucou je suis un journaliste des Inrocks). On a tout ce dont on a besoin : l’affichage clair des pochettes des EP/albums, le lecteur intégré, les écoutes et téléchargements intuitifs, la possibilité de vendre sa musique numérique et les éventuels formats physiques, Bandcamp ne conservant qu’une toute petite part de la transaction. Ça reste honnête. En tout cas ça me va tellement que j’en ai fait l’hébergeur principal non seulement de la musique de Blue Chill, mais aussi de toute la musique du label The Queen Is Dead Records.
Les stats permettent aussi de voir en un clin d’oeil tout mouvement quotidien, les sites de provenance des visiteurs, les nombres d’écoutes complètes, partielles et courtes pour chaque morceau. Vraiment bien fait et très utile. Le seul point faible de la plateforme : son aspect communautaire très fermé et exclusif avec des posts impossibles à lire si on n’est pas inscrit sur Bandcamp et si on n’est pas abonné au compte Bandcamp en question. Plus fermé, tu meurs.

2015 / Bandzoogle : plus cher et moins flexible que Wix

La page Facebook était incontournable, avec des communications natives au coeur de l’écosystème dominant, Facebook. Mais il y a de quoi se sentir un peu à l’étroit avec la même mise en page imposée à tout le monde, comme Bandcamp qui est très propre et orienté uniquement vers la musique, sans place pour du blabla. Depuis la mort de Lycos Multimania en 2009, je n’avais plus tenté l’aventure des sites indépendants. J’aimais beaucoup WordPress, que j’avais utilisé au départ comme site pour le thequeenisdeadrecords.com. Mais j’utilisais WordPress comme un blog (des longs articles) (comme celui que vous pouvez lire en ce moment) et pas un vrai site avec un caractère personnel. Et je suis tombé sur Bandzoogle et ses « templates » classes.
J’ai utilisé Bandzoogle pendant 4 ans, jusqu’à ce qu’on me dise que Wix était moins cher. J’avais vu des sites Wix pas très beaux, je trouvais plus rassurant de compter sur les modèles. Wix a des modèles très cools, et dont les éléments sont absolument tous modifiables, dans leur style et leur emplacement. Wix est imbattable ! Surtout qu’en passant par un VPN, en étant géolocalisé en Russie, le forfait est presque à moitié prix. Grâce aux offres du Black Friday, on se retrouve à 3,50 euros par mois. Et si on prend un forfait avec engagement sur 2 ans, on paye encore moins.
Dans les premières versions du site de 2004, il y avait beaucoup trop de pages. Dans la version de 2021, j’ai voulu le moins de pages possibles, synthétiser, et chercher la qualité plutôt que la quantité.

Et le reste alors ?

Avec Facebook, Bandcamp et Wix, on peut être prêts pour la guerre. J’estime ça suffisant dans ma vision, mais il existe d’autres plateformes, dont je suis moins fan, voire pire encore.
Pendant un moment, Twitter n’a été qu’une simple formalité, pour exister là et relayer des infos. Mais l’esprit de Twitter s’est beaucoup dégradé ces dernières années et en 2017 j’ai décidé de ne plus m’impliquer dans cette plateforme qui ressemble de plus en plus à un asile de fous. On n’a que 24h dans une journée, je préfère investir mon temps ailleurs.
Soundcloud ressemble un peu à l’esprit qu’on cherchait tous sur Jamendo. En 10 ans, les moyens de faire de la musique ont évolué, les standards ont grimpé, et il devient plus rare de tomber sur des choses inintéressantes. C’est un peu la « place-to-be » pour tous les musiciens du monde. L’ambiance y est paisible et constructive. Beaucoup de petits groupes ne postent leur musique que là, ce qui fait que ça en fait un catalogue incroyablement riche quantitativement parlant. Il y a énormément de talents inconnus qui postent de la musique géniale. Mais, comme pour Bandcamp, ce n’est pas sur Soundcloud qu’on se fera connaître car c’est une plateforme essentiellement musicale.
Instagram, un peu comme Soundcloud, est une plateforme jolie, où règne une atmosphère pacifique avec un certain sens esthétique. Pas de compte Instagram de Blue Chill pour l’instant, parce que le peu d’activité des dernières années ne le justifiait pas. C’est le compte de The Queen Is Daed Records qui est utilisé pour l’instant.
La dernière plateforme que je dois vous mentionner n’est pas Wikipédia. Blue Chill ne remplit pas les conditions de notoriété pour y figurer, évidemment. Par contre, à l’échelle locale, Blue Chill a réussi à obtenir une page Wiki-Brest (le groupe a été basé à Brest entre 2007 et 2012). C’est plutôt cool, parce que ça permet à tous les groupes locaux de raconter, d’avoir envie de raconter leur histoire.

Dans 10 ans, que restera-t-il de tout ça ? La réalité virtuelle changera peut-être a donne avec des stands en 3D, dans une prochaine mise-à-jour de Facebook, ou même un futur Grand Theft Auto, qui sait ? En tout cas, pour 2021, je crois que tout ça sera suffisant. Et le site reste, pour moi, un must, car c’est l’espace de liberté qui permet de créer une carte de visite sur-mesure qui existe hors des réseaux sociaux, à la fois superbe outil de communication pour créer du lien et horrible fléau qu’est l’aliénation de recherche de popularité.

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Laboratoire musical, Project studio, Témoignage

BILAN 1/3 – Evolution matérielle

2020 n’a pas été spécialement une année blanche, même si 2020 n’a ressemblé en aucun point à 2019. J’ai donné moins de cours, j’ai fait moins de prod, et j’ai pu donc me pencher sur des sujets et faire plein d’expérimentations que je n’aurais peut-être pas pris le temps de faire en temps normal. Aujourd’hui je vais vous parler du principal aspect de mon évolution matérielle en 2020 : l’ajout d’une deuxième paire d’enceintes.

Gear Acquisition Syndrome : on peut en guérir… quand on a tout acheté

Il fut un temps où j’achetais tous les mois du matériel : câbles, pédales, processeurs, instruments… Comme tout le monde, je me disais « j’arrêterai les dépenses quand j’aurai tout« . Le problème c’est que ça ressemble beaucoup au G.A.S. (Gear Acquisition Syndrome) : on en veut toujours plus, car « ça pourra toujours servir« . Mais finalement mes achats de matériel se sont espacés, jusqu’à ne plus rien acheter, hormis les fournitures classiques (cordes, piles). Oui, à un moment on peut vraiment (considérer) tout posséder (ce dont on a besoin). En 2020, je suis passé au SSD avec un ordinateur fixe, petite révolution pour moi, habitué à des ordinateurs portables limités mais héroïques. Temps de chargement plus rapides, plus aucun plantage, meilleure résistance à l’effort donc plus de plaisir à travailler des mixes compliqués (« Parfait, comme ça je vais pouvoir ajouter encore plus de pistes dans mes morceaux« Mounir G.). Et l’unique autre matériel acheté, et unique matériel musical, est la pédale Fender MTG Tube Distortion qui est très souple (elle fait le grand écart), avec laquelle on peut avoir de la saturation équilibrée, ni trop criarde ni trop étouffée. J’aime toujours mes pédales Tech 21, qui ont chacune leur caractère propre, mais chaque disto est différente, et ça dépend aussi des guitares utilisées. Il suffit de changer un élément de la chaîne et on obtient quelque chose de différent. On pourrait presque dire qu’il n’y a pas de mauvais matériel, du moment qu’on réussit à les rendre appropriés dans une situation, compatible avec un but. Rien n’est universellement polyvalent, et rien n’est complètement inutilisable (voilà, je me suis assez justifié).

Quand y’en a pour 2, y’en a pour 4

La configuration de Noël 2020. Le sapin donne une acoustique particulière
car il absorbe les fréquences comprises entre 245 et 263 Hz. C’est vraiment très étonnant.

S’il y a bien quelque chose d’étonnant, c’est le retour de mes Yamaha HS80M que j’avais abandonnées en 2015 au profit de Mackie HR624 mk2 (obtenues à un prix RIDICULE en occasion). Peu de gens le savent : entre 2015 et 2020 je me servais de mes enceintes Yamaha comme d’une table de chevet, empilées et recouvertes d’une petite couverture, avec une lampe posée dessus (la lampe bleue, tu te souviens si tu es venu en 2019). Aucun respect. Mais elles fonctionnaient très bien, donc je les ai réhabilitées pour gagner une nouvelle perspective d’écoute.
Il était hors de question de superposer les Mackie et les Yamaha, j’aime mettre mes enceintes debout et à la bonne hauteur pour mes oreilles (et poser des enceintes sur autre chose qu’un support prévu à cet effet, bof). Je n’ai pas assez de place ni de recul pour les installer en face de moi quand je mixe. On doit former un triangle équilatéral avec ses enceintes de monitoring pour être dans le sweet spot, avec donc trois angles à 60°. Pour l’expérience, j’ai testé un placement délirant des Yamaha dans les deux coins sur mes côtés, de manière à ce que l’angle dont ma tête était le sommet faisait environ 120°. L’écoute était insupportable, l’image stéréo était débile, j’avais l’impression de devenir fou, et les problèmes de phase avaient tout simplement annihilé toute fréquence sous 250 Hz (là où se trouvent les basses intéressantes, c’est ballot). Finalement j’ai réinstallé mes « vieilles » Yamaha sur ma gauche, très rapprochées l’une de l’autre, orientées vers moi quand je mixe.
Les moins : je dois tourner la tête pour les écouter, et je n’ai pas d’image stéréo avec ces enceintes collées.
Les plus : ça me fait une écoute complémentaire de mes Mackie avec des enceintes qui ont un autre caractère, et avec cet angle il y a un déplacement du son très différent.
Cette perspective d’écoute supplémentaire me permet d’entendre des sonorités que mes Mackie ne restituent pas de manière aussi flagrante. Ces Mackie ont une excellente précision du bas médium aux très hautes fréquences. J’avais laissé tomber ces Yamaha parce qu’elles sont plus détaillées dans le bas du spectre. Les deux paires combinées me donnent donc deux perspectives musicales cohérentes, et je corrige donc mes mixes jusqu’à ce qu’ils sonnent comme je veux sur les deux paires (pas activées en même temps hein, je switche avec un contrôleur Palmer Monicon L). Combinée à la méthode des écoutes de référence (on compare son mix à des morceaux de référence du même style, ou avec des attributs desquels on s’inspire et dont on veut se rapprocher), cette configuration fait que je n’utilise presque plus mes casques pour mixer, juste pour vérifier des détails. Je trouve plus confortable et plus « réaliste » de travailler sur de la musique qui sort d’enceintes. Attention, je ne suis pas de ceux qui martèle que « bien mixer au casque est impossible » car avec de la méthode et de l’habitude, tout est possible.

Casques et enceintes : deux écoutes fondamentalement différentes

Super, j’ai trouvé sur internet un beau schéma que je n’aurai pas besoin de faire moi-même !
Dommage pour vous, car j’ai un incroyable talent dans Paint et Photo Filtre.

L’inconvénient d’une écoute au casque, c’est la position que l’on a et qui a une incidence sur l’image stéréo perçue, ça l’étire et la rapproche du… cerveau. Avec des placements panoramiques extrêmes (en mono latérale, 100% à droite ou 100% à gauche), on a du son qui sera entendu par une seule oreille. Alors qu’en face d’enceintes, l’oreille droite entend ce qui sort de l’enceinte gauche et inversement. C’est cette captation croisée (impossible avec un casque) (sauf si vous le mettez GIGA FORT) entre ce qui est perçu par les deux oreilles qui permet de déterminer d’où vient le son que l’on entend. Ce volume d’air parcouru par le son n’existe pas avec une écoute au casque, ce qui donne une base spatiale « vierge » nécessaire pour virtualiser l’acoustique d’un autre lieu. Si le logiciel connaît votre casque, il existera un preset pour créer une association matériel-logiciel optimisée. Ces logiciels de simulations d’acoustiques ne sont pas que des presets de reverb, il y a une correction d’EQ sur-mesure par rapport à la courbe de réponse en fréquence de votre casque. Un peu comme Sonarworks propose avec Reference 4. Il ne faut donc pas s’enflammer et foncer sur ces simulateurs d’acoustiques de studio sans se renseigner auparavant sur la présence de preset pour votre casque. Tout en gardant bien à l’esprit deux choses :
Abbey Road Studio et Realphones (pour ne citer que ceux dont j’ai récemment entendu parler) ne sont pas des correcteurs automatiques de vos mixes, mais des perspectives auxquelles il faudra s’habituer, de la même manière qu’avec des enceintes de monitoring physiques ;
– deux personnes avec le même casque n’entendront pas la même chose.
Comment ça, le « vrai bon son » n’arrive pas automatiquement dans nos oreilles quand on a des simulateurs de pièces traitées ? Et on n’a pas tous les mêmes oreilles ? Comment on fait pour updater le driver pour ses tympans ?

« L’intelligence, c’est la faculté d’adaptation. »André Gide

Un exemple de traitement acoustique exemplaire.

Ces simulateurs d’acoustiques sont super bien foutus et c’est sacrément pragmatique : ça virtualise un espace dans votre casque en le calibrant d’une manière réaliste pour avoir les mêmes conditions d’écoute partout où vous serez, sans avoir des sources réelles qui pourraient arriver directement dans une seule oreille. C’est vraiment super, mais ça ne me semble absolument nécessaire que si vous êtes nomade, si vous mixez dans un gymnase, ou si vous vivez dans un environnement constamment bruyant duquel vous vous échappez avec votre casque fermé. En gros, si vous n’avez aucun lieu où mixer avec des enceintes. Si votre pièce est trop vide et n’est pas du tout traitée, remplissez-la, pas forcément avec des diffuseurs acoustiques chers, il y a aussi de la mousse acoustique à mettre sur les murs, des bass traps dans les angles, et puis aussi (j’aurais dû commencer par ça) bien positionner son bureau et ses enceintes (viser des positionnements centrés, loin du mur). Plein de petites choses à faire (pour quelques euros) et à ne pas faire (pour 0 euro car ça ne coûte que le fait d’avoir été informé).
Si vous ne faites pas confiance en vos écoutes sur vos enceintes de monitoring, pensez-vous vraiment que vous pourrez n’avoir absolument aucun doute dans vos écoutes au casque avec un simulateur d’acoustiques ? Ces logiciels ne font éviter ni les questionnements ni les problèmes, ils recréent juste un nouveau cadre dans lequel on a l’impression que la solution est plus proche, mais les problématiques restent les mêmes en réalité. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je n’ai pas encore mis à jour mon système audio avec Reference 4 (que j’ai acheté lors du dernier Black Friday), car je connais très bien mes enceintes et la pièce où je mixe, et j’ai commencé des projets avec un workflow à deux perspectives d’écoutes, j’ajouterai cette troisième après, au démarrage d’un nouveau projet.

Ecoutez vos oreilles

Vous ne saviez pas que c’était si coloré à l’intérieur de votre oreille.

L’outil le plus important reste sa paire d’oreilles. Il faut apprendre à faire connaissance avec ses enceintes, il ne faut pas les accuser trop rapidement de ne pas être transparentes. Il faut comprendre comment la musique existe, se comporte dans votre environnement acoustique en écoutant des morceaux que vous connaissez depuis longtemps, des morceaux de référence dont la production font l’unanimité, pour ensuite essayer de faire réagir votre environnement acoustique de la même manière avec vos mixes. On peut considérer que toutes les conditions d’écoute déforment de manière particulière le son émis. L’expérience d’écoute dans votre studio à l’acoustique imparfaite peut se présenter comme l’équation qui suit :
morceau de référence + déformation de votre acoustique = votre mix + déformation acoustique
Vous ne pourrez pas soustraire la déformation de votre acoustique, il faudra donc faire avec, l’accepter dans toutes vos écoutes. Si vous savez que votre pièce favorise une fréquence, elle favorisera cette fréquence sur tous les morceaux, les vôtres et aussi ceux de toute l’industrie mondiale. Donc ne baissez pas cette fréquence pour que ça vous semble équilibré, car ce serait une correction ponctuelle subjective, indexée sur votre ressenti qui ne se base que sur votre sensation au moment de l’écoute. L’audition est un sens très élastique. On peut très bien se souvenir de la sensation d’un mix équilibré, mais être incapable de prendre une mesure fiable lors d’une écoute si on a les oreilles fatiguées, ou juste érodées par l’adaptation au son perçu au préalable. L’oreille possède un compresseur multibande, le réflexe stapédien, qui compense (dans certaines limites) les excès afin de protéger l’oreille interne. Je parle justement de ces limites organiques (mais pas que) dans cet article : « La recherche d’objectivité dans le travail sur le son« .
Ces logiciels de simulations acoustiques sont des déformateurs de son particuliers, conçues de manière précise pour être conformes à un modèle. Ce sont des déformations pré-réfléchies qu’on appelle « correction« , qui font changer de perspective. Mais dans l’absolu, vous aussi, vous pouvez décider des déformations vous-mêmes, pour vous focaliser par exemple sur certaines zones du spectre, vous pouvez sortir de votre studio, fermer la porte, et écouter du couloir ce que ça donne, ou vous pouvez booster la tranche de votre choix pour « zoomer », et effectuer cette opération sur le master sur votre mix et aussi sur le(s) morceau(x) de référence. L’idée est de comparer à titre indicatif, de se faire une opinion, sans forcément chercher un alignement strict, car je pense qu’il faut aussi laisser chaque morceau avoir son caractère. C’est normal de rechercher une transparence, pour limiter l’impact de ces déformations. Vouloir à tout prix un lieu parfaitement transparent pour mixer est le rêve de ceux qui veulent faire l’économie d’une prudence d’écoute. Ceux qui connaissent bien leur lieu de travail savent bien sur quels points porter leur attention. Ceux qui savent que leurs conditions d’écoute sont loin d’être parfaites sont plus prudents que ceux qui pensent que leur acoustique est parfaitement fiable.

Une acoustique imparfaite n’empêche pas de faire du bon boulot.Une acoustique parfaite n’empêche pas de faire du mauvais boulot. Le signal implique une relation entre l’émetteur (le système audio) et le récepteur (les oreilles), en passant par le canal de transmission (l’environnement acoustique), suivi ensuite par un traitement intellectuel de ce stimulus, pour s’en faire une opinion à la lumière de sa sensibilité artistique, façonnée par sa culture et son expérience. Une remise en question constante est donc impérative pour évaluer ses certitudes. Merde, on voulait juste s’amuser à fabriquer de la musique au début. Si on avait su…
Au début, j’avais dans l’idée de faire un petit post sur Facebook pour lister mes évolutions de toutes natures, et puis je me suis dit que j’allais écrire tout proprement dans un article, et finalement cet article sur l’aspect matériel est déjà assez long. Alors… A SUIVRE !

NB : J’ai posé mon sapin sur mes Yamaha, certes, mais sous le sapin il y a un support Auralex qui absorbe toutes les vibrations : les branches du sapin et l’étoile tout en haut demeurent IMMOBILES même quand je balance la sauce très fort juste dessous. J’avais fait un test en aveugle avant de poser le sapin : avec ou sans ce pad Auralex, je n’ai perçu aucune différence.

-Enzo

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La calibration en 2020 : le masque sur la bouche, pas sur les oreilles

Il y a quelques années, j’ai fait la rencontre de Rudi (Rudi, si tu m’regardes, salut à toi), qui à l’époque était étudiant à la SAE (une école d’audiovisuel francilienne). On a partagé quelques aventures musicales plutôt épiques (tmtc), et des bières. Avant de repartir dans son sud-ouest (presque) natal, Rudi m’avait dit « il faudra calibrer tes enceintes, c’est important, c’est même le premier truc qu’il faudrait faire« . Ça m’avait l’air laborieux, complexe, long, cher, boarf, j’avais pas envie. Et finalement…

Très peu de personnes se sont assises sur ce fauteuil en 2020

2020 a été une année au cours de laquelle j’ai produit peu de musique, mais j’ai énormément travaillé. C’est pendant les périodes creuses qu’on fait les grands travaux, qu’on prend le temps de faire ce qu’on ne se pense pas capable de faire dans le feu de l’action. En 2020, beaucoup de feux de l’action ont été éteints, notamment dans notre secteur d’activité. Bon, je n’ai pas « rien fait » non plus. Vous verrez les trucs qui sortiront en fin d’année et en début d’année 2021. Mais il n’y a eu tout simplement aucun enregistrement, aucune session d’écoute, depuis janvier dernier. On est en décembre. Cependant, 2020 n’aura pas été une année blanche (oui, j’écris « cependant », je me crois en cours de Français en 1997).

Extrait du live du 11 avril 2020 avec Devenir Ingeson, avec qui il a réalisé quelques travaux pratiques autour de sa méthode de quantifications sonores

Pendant le premier confinement, j’ai écouté toutes les vidéos de Patrick Thévenot que j’ai pu trouver sur internet. Patrick est un formateur et acousticien spécialisé en psycho-acoustique qui s’intéresse, et intéresse les gens, au concept de calibration d’enceintes, parce qu’enregistrer et prendre des décisions de mixage doit se faire en connaissance de cause, tout comme un photographe doit porter ses lunettes s’il a des problèmes de vue, pour ne pas se retrouver avec des photos mal cadrées, avec des problèmes de focalisation ou de lumière. Quand on est miro, on se fait conseiller d’aller chez l’ophtalmo.
Qui conseille aux home-studistes de faire analyser leurs conditions d’écoute ? Comment savoir si ses écoutes sont « floues », « imprécises »? On s’en rend compte par soi-même quand on entend sa musique diffusée ailleurs, dans la voiture d’un pote, dans le salon des parents. Qui n’a jamais connu la désillusion, celle qui fait dire « oh mon dieu mais c’est de la merde, ça ne sonne pas du tout comme ça chez moi » ? Agrémenté éventuellement d’un petit « tu as un problème avec tes enceintes je crois« . Que nenni. Enfin, si, peut-être, mais globalement non, ce n’est pas exactement ça le bon diagnostic à avoir.

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Un casque fermé et un casque ouvert, ou bleu, ou jaune… (calembour)

Si on écoute le résultat de son travail dans plusieurs systèmes audio chez soi, on se rend bien compte que chaque appareil-qui-diffuse-du-son a sa sonorité, sa couleur. C’est la raison pour laquelle j’ai ressorti cette année ma deuxième vieille paire de Yamaha HS80M, riche en basses, pour avoir un autre angle d’écoute qu’avec mes Mackie HR624 mk2, précises sur tout le reste du spectre. Et je peux écouter aussi mes mixages dans un lecteur CD stéréo basique, un lecteur cassette mono premier prix, un ordinateur portable, mes écouteurs de téléphone Samsung que je connais depuis 2013, et des casques très différents, les Beyerdynamic DT 770 PRO, Audio-technica R80x et Sony MDR-XD100 (oui, c’est un vrai nom de casque, pas un troll) (enfin, pas un troll de ma part en tout cas, peut-être de la part de Sony).

Photo de moi errant à la fac de Segalen (Brest),
également perdu dans ma quête du « bon son »

Au début j’écoutais sur tous ces supports, pour être sûr, car j’étais inquiet. Je voulais multiplier les sources d’écoute, les natures d’appareils de diffusion, pour éviter tout problème qui serait passé inaperçu avec une seule écoute fainéante. Après toutes ces écoutes, quand je suis satisfait, je fais le pari raisonnable que c’est bon, c’est équilibré. Pour être tout à fait honnête, c’était mon protocole il y a quelques années, quand je me sentais très fébrile à l’idée de finaliser de la musique. Depuis, j’ai simplifié mon protocole, car non seulement je sais mieux écouter avec l’acquisition de meilleures méthodes, avec par exemple des écoutes référencées, mais aussi je peux mieux entendre, avec notamment les câbles Asterope, seuls câbles qui ont le droit d’être utilisés chez moi (j’ai l’air de plaisanter, mais ceux qui sont passés chez moi savent comme je ne rigole pas avec les câbles). Entre ces deux évolutions très technicotechniques, vient se glisser un autre progrès, certainement pas le moins important : ma musicalité. La musicalité, c’est ce qui fait comprendre ce qu’est la musique, ce qu’est un style, comment un instrument peut/doit sonner, ce qui est rassurant et ce qui est dangereux. Si on ne sait pas reconnaître un stimulus, à quoi ça sert d’avoir un système d’écoute performant qui délivre des informations qui n’apparaissent pas sur notre radar ? C’est comme avoir un microscope devant ses yeux fermés (je suis tellement doué en métaphores).

Traitement acoustique sommaire : des petits effets
pour beaucoup d’efforts

J’ai l’ambition de rester constamment dans une dynamique de progrès, de découverte, de remise en question, comme tous les passionnés lucides. C’est pénible mais il le faut pour être plus heureux dans des meilleurs choix qui coûtent moins de temps et d’énergie. J’ai révisé des approches, je peux encore les faire évoluer, mais je ne veux pas réviser mon matériel sans l’exploiter complètement, je ne pense pas que ce soit pertinent. Les acousticiens sérieux disent que le lieu d’écoute compte beaucoup plus qu’on veut bien le croire, à tel point que changer les enceintes de monitoring ne sera jamais vraiment la solution la plus satisfaisante, mais juste une fuite perpétuelle du même problème de résonances pourries de son lieu d’écoute. Si on oublie qu’on a un environnement d’écoute qui sert de véhicule au son qui sort de nos enceintes, on ne pense évidemment qu’à acheter du matériel « plus performant ». J’ai assez révisé mon matériel, il est temps de penser à mon environnement d’écoute, que j’ai délaissé pendant… toujours. Bien sûr, on ne peut pas égaler des conditions d’écoute parfaites (ou presque) de lieux qui ont bénéficié de gros traitements acoustiques, mais on peut essayer de compenser un peu les caractères de nos pièces d’écoute hors-de-contrôle. Ce n’est pas parce qu’on ne peut pas avoir la perfection qu’il ne faut pas la viser pour faire de son mieux, vraiment de son mieux.

Amour, chance, argent : Sonarworks est la solution

Il y a eu le Black Friday, je me suis lancé : Sonarworks vendait son kit micro + logiciel Reference 4 à un petit prix. J’aurais très bien pu prendre l’équivalent chez IK Multimedia, le concurrent direct, qui a son propre kit micro + Arc 2. Sonarworks est le leader en la matière depuis plus longtemps. Néanmoins, IK Multimedia semble devenir un challenger de plus en plus sérieux. Si je fais mon fifou, peut-être que je me le procurerai. Pourquoi un micro avec le logiciel ? Le micro livré est optimisé pour que le logiciel puisse savoir précisément les courbes de fréquences à corriger, car c’est ça le principe : une correction est un EQ. Mais pas un EQ « comme on aime bien subjectivement ». Le but est de se rapprocher autant que possible d’une écoute neutre. Et vous savez quoi ? Tous les studios traditionnels ont ce type de corrections. Les enceintes qu’on y voit sont merveilleuses, toutes les machines sont des bijoux, les pièces sont traitées acoustiquement, mais il y a toujours besoin d’une petite correction en plus. Mais ces studios n’utilisent pas ces logiciels « tous publics », on aurait pu s’en douter.

« Moins de devinettes, plus de confiance, moins de temps pour les ultimes finalisations, le même son partout où vous êtes, focalisation sur la musique et pas votre matériel »


On peut lire ici ou là qu’à ces prix « réduits », ces logiciels ne font rien de miraculeux. Ce n’est pas parce qu’on ne peut pas avoir la perfection qu’il ne faut pas la viser pour faire de son mieux, vraiment de son mieux. Je sais, je me répète, mais sur internet il y a beaucoup trop de propos négatifs tenus par des « sachants toxiques ». Alors j’essaye de contrebalancer tous ces pessimismes, frôlant la malveillance, qui peuvent parfois aller jusqu’au mensonge avec des caricatures fatalistes. « Ah, on va tous mourir un jour, à quoi cela sert-il de chercher à faire quoi que ce soit grmmmblblblbl ».

« Sonarworks : le son en noir et blanc » euh « sans couleur » euh « enfin de la musique délavée ».
J’aurais mal compris ?

En tout cas, niveau marketing, Sonarworks fait très fort avec un packaging très « feel good » qui semble nous dire « c’est bon, on est là, tout va bien se passer maintenant ». Quand j’aurai fait des tests concluants, je posterai un nouvel article pour vous en parler.

Des autocollants ! Cool ! Ouais, le micro de mesure aussi…
Mais les autocollants, tout de même !

PS : Rudi, reviens, tu me manques bro.

– Enzo