The Queen Is Dead Records à la JIMI, salon des indés de la musique

Photo de Nils Nordberg

Le samedi 13 octobre se tenait à Ivry-sur-Seine la 12ème édition de la JIMI, Journée des Initiatives Musicales Indépendantes, regroupant tous les corps de métiers du milieu musical indépendant : labels, studios, graphistes, magazines, radios… Cela faisait plusieurs années que je lorgnais dessus, mais The Queen Is Dead Records était encore trop vert. J’attendais d’avoir un catalogue un peu plus fourni, histoire d’avoir quelque chose de consistant à présenter. Cette année, c’était le moment de se lancer !

Petit indé parmi les grands

Martin Leyne, artiste de TQIDr

Dans cette mission de représentation du label, j’avais demandé à Martin Leyne de m’accompagner. L’Espace Robespierre est juste à côté du métro, c’est super pour ménager nos petits pieds. Colombes, c’est l’autre bout de Paris tout de même.
On est arrivé en fin de matinée, vers 11h. Tous les stands, pour la plupart toujours inoccupés, étaient parfaitement installés, tout était propre et clair.
On n’était pas trop de deux pour s’installer. Martin et moi étions très concentrés, et impressionnés par tout ce qu’on voyait. Les labels avaient sorti leur stock de vinyles, avaient accroché leur belle bâche ou pancarte avec leur logo en grand, avaient patafixé des grandes photos de concert de leurs artistes. J’avais juste fait des impressions-maison au format A4. On était complètement un petit label, un microlabel. On assumait.

Musicien cherche label

A gauche votre serviteur qui se recoiffe, à droite Matt Murdock de Tekini Records

La décontraction et l’expérience de nos voisins de Tekini Records faisaient qu’on se sentait un peu moins seuls face à cette horde de musiciens affamés et labels aux stands bien fournis. Terrifiant, brrrr. En vrai on avait un peu le trac. Mais les good vibes des uns et des autres avaient fini par nous mettre à l’aise.
Les artistes qui viennent à notre stand cherchent un label, mais n’en attendent pas tous la même chose. Quand Martin m’avait contacté pour la première fois, lui-même ne savait pas ce qu’un label pouvait faire pour lui. Ce qui était sûr, c’est qu’il voulait un coup de main et savait qu’un label était là pour ça. Je lui ai donc expliqué tout ce que je pouvais faire pour lui, et aussi mes limites. Moi, je ne vends pas vraiment, mais je diffuse ce que je fabrique. Grosso modo.
En 2006, j’avais déposé un cd de démo de mon groupe dans toutes les maisons de disques de Paris : Sony, Warner… Que des petites boutiques locales en résumé. J’avais mes cartes Mappy imprimées dans ma main, tout breton que j’étais, à la recherche d’une structure pour injecter de l’intelligence, du savoir-faire et, pourquoi pas, de l’argent dans mon projet musical. J’avais aussi déposé des CD dans des radios. Je n’ai eu absolument aucun retour. De personne. Jamais. On avait eu un début de contact avec un petit label qui nous avait dit qu’il était potentiellement intéressé mais un peu pris avec les artistes qu’ils avaient déjà. Le label a fini par disparaître une poignée d’années plus tard… On n’est jamais mieux servi que par soi-même, alors…

Deux profils d’artistes pour…

Il y a deux catégories d’artistes qui sont venus nous voir :
– ceux qui ont déjà enregistré leur EP ou album, et qui cherchent un label pour la promotion de leur musique dans les médias et sur scène
– et ceux qui ont seulement un potentiel et des idées, un univers personnel capturé parfois dans une maquette, dans un petit EP réalisé avec des bouts de ficelle, et qui cherchent un label pour les aider à la production de leur musique en grand, en propre, en ambitieux.
C’est cette deuxième catégorie que je vise, les gens démunis dès l’étape de réalisation des enregistrements, perdus quand il s’agit d’arrangements, qui ne savent pas comment exploiter à fond leurs qualités, et en qui des labels frileux ne croiront pas, pour qui aucune structure n’investira pour la réalisation d’un disque. Comme moi en 2006.

… deux profils de label

Ça a conférencé à la JIMI

Des musiciens nous ont dit que les labels du salon à qui ils avaient été parler ne cherchaient que des EP ou albums déjà prêts pour la commercialisation. Pas de session studio payées. C’était donc une chance pour eux de tomber sur nous, un label qui accompagne les artistes dès le tout début, et qui aide à fabriquer (produire soi-même fait chuter les coûts !) pour diffuser.
Y a-t-il encore des labels qui gèrent l’exploitation commerciale en ayant au préalable investi aussi dans la réalisation d’EP ou d’albums ? Il faut être une sacrée machine de guerre pour s’occuper à la fois la production artistique et son exploitation commerciale, car les deux phases n’ont absolument rien à voir et demandent des compétences radicalement différentes, en plus de coûter beaucoup d’argent.
Un label s’occupe de l’exploitation commerciale (= se faire de l’argent à partir de la musique d’un artiste avec la vente de CD et les concerts). Je me limite au format numérique, avec les plateformes streaming, car c’est un mode de diffusion peu coûteux et la solution la plus simple logistiquement. Et je cède à l’artiste tous les bénéfices de sa musique. En revanche, la partie promotionnelle, la communication et les concerts , ce n’est pas ma spécialité (mais j’y travaille et c’est en développement, c’est important).
En fait, un label fait ce qu’il veut et ce qu’il peut pour faire briller ses artistes, tout dépend du profil de l’équipe le composant. Pour mieux comprendre ce qu’est exactement The Queen Is Dead Records, tout est expliqué ici. Après la lecture de cet article, vous devriez ne plus avoir de questions logiquement.
Un petit label, c’est comme un bocal : c’est approprié et suffisant quand on est tout petit et qu’on veut grandir un petit peu. Pour grandir davantage, il faudra un bocal plus grand. Les gros poissons ont besoin d’un océan pour s’épanouir, un bocal n’est pas fait pour eux. Il fallait être très courageux pour venir à la JIMI en tant que petit poisson, et agiter sa nageoire jusqu’à nous en slalomant entre les gros poissons. Quelle belle métaphore.

La récolte

On a tout écouté en diagonale le soir-même et on va tout écouter en détail

On a vu des gens : des musiciens avec un projet fini, des musiciens avec une idée de projet, des managers, des programmateurs radio, des conseillers en communication et management, des ingés son indépendant avec leur propre studio tout équipé en plein Paris ou en banlieue proche, des fondateurs de plateformes de financement participatif.
On a reçu des choses : on a eu du modeste CD gravé avec un numéro de téléphone écrit au marqueur directement dessus, de la démo avec jolie pochette cartonnée, et des albums en boitier cristal au top du top. Le soir-même on a tout écouté en diagonale avec Martin.
On était en manque de cartes de visite (j’avais oublié le stock chez moi, misère !), donc quelques musiciens ont pris en photo l’ultime carte de visite qu’on avait conservé. Peut-être que j’aurai de leurs nouvelles par email, et davantage de musique à écouter. J’ai reçu moi-même des cartes de visite ou des flyers. Je vais essayer de tout écouter dans les jours ou semaines à venir, parce que ces gens attendent des retours, et méritent qu’on leur accorde quelques minutes d’attention pour toutes les heures et les jours de travail passés sur leur musique.

Les rencontres

Les grands sourires de Manu et Matt Murdock de nos voisins, Tekini Records

Parmi les rencontres marquantes, il y a tout d’abord deux membres d’un groupe de Toulouse avec qui j’avais eu des contacts par email auparavant. Deux des membres nous ont cueillis dès notre arrivée, peu après 11h, pendant qu’on déballait nos affaires à notre stand. Elles étaient déjà là, même si la JIMI ouvrait à 13h officiellement. C’était super sympa de commencer avec elles.
Ensuite on a fait la connaissance de Manu, de Tekini Records. Son aura bienveillante, son calme et sa douceur ont été d’une grande aide pour faire face à quelques personnes quelque peu brutales dans leur manière de communiquer avec nous. La JIMI est une journée de rencontres, mais certains étaient clairement venus faire leur marché. Nous étions le produit et ils ne voulaient qu’être productifs au détriment d’une certaines délicatesse (le bonjour, le sourire, l’écoute, ces trucs-là). Une minorité, heureusement.
Je n’ai tilté que plus tard que Manu était la chanteuse du groupe Dolly, groupe de rock alternatif/grunge influent entre 1995 et 2005, la belle époque des groupes à guitares, tu te souviens (après le grunge, la britpop, tout ça). A la JIMI, elle était avec Patrick Giordano (alias Matt Murdock), le guitariste qui l’accompagne notamment dans son dernier album, « Entre deux eaux », un album plus acoustique que Dolly mais très puissant, avec un violoncelliste et un harpiste. Et c’est beau !
Noël MatteiAvec eux il y avait aussi Noël Matteï, tout aussi calme et rayonnant de positivité que ses deux camarades. Avec son ancien groupe, Madinkà, Noël a fait la première partie d’Indochine, d’Aqme, d’Echo and the Bunnymen… De l’expérience, en veux-tu en voilà ! Son nouvel album, « L’écho des liens enfuis », est inclassable. On entend de la new wave, de la pop, du rock, c’est très très riche et beau. Noël est aussi l’auteur de deux romans, dont « Les Amours anormales » qui est sorti en version audio chez Tekini Records également. Atypique comme mélange de formats, non ?

En parlant de mélange, sur les albums respectifs de Manu et de Noël se trouve la même chanson, chacune dans l’univers musical de son artiste, et chacun fait la deuxième voix de l’autre. Ça c’est l’esprit « label » comme je l’aime.
Version de Manu avec NoëlVersion de Noël avec Manu

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Et puis une femme est venue nous voir, en recherche d’un label pour sortir et promouvoir son prochain disque. Je lui explique que TQIDr fabrique de la musique seulement. Avant de nous quitter, elle sort de son sac son précédent EP. Sur la pochette je vois le nom Emma Sand. Et ça fait tilt ! On était amis FB depuis une poignée de mois et on ne s’était jamais vu, et j’avais gardé en souvenir qu’elle avait été également au dernier concert d’Anna Calvi à Paris en juin dernier. Je suis tellement content d’avoir fait sa rencontre : dès les premières secondes de son EP, qu’on a écouté le soir-même Martin et moi, j’ai dit « c’est Anna-Calviesque ! » sur le même ton qu’un « victoire ! » et je suis donc instantanément devenu fan.

Pour le reste des rencontres, le plus simple sera d’attendre les prochaines sorties du label. Il y a déjà eu des débuts de projets discutés, il y avait déjà plein de choses en cours. J’ai besoin de journées de 48h et de 14 jours par semaine pour finir tout ça avant 2019.
Que retenir de cette JIMI ? Qu’à chaque artiste correspond un label, qu’à chaque question il y a une réponse, qu’à chaque problème il y a une solution. La JIMI est donc un moment d’harmonie dans le monde indé de la musique, pour créer des associations en tous genres pour que de belles choses existent. Vivement l’an prochain ! On veut y retourner pour vous montrer tout ce qu’on aura fait en un an et rencontrer encore des gens inspirants ! Et peut-être que Madows, la meilleure graphiste de tous les temps, nous fera l’honneur de sa présence pour exposer ses oeuvre !
En attendant, si vous avez un projet à réaliser…

http://thequeenisdeadrecords.com
thequeenisdeadrecords@hotmail.com

E.C.

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The Queen Is Dead Records à la JIMI, salon des indés de la musique

TQID#32 / « ’39 » – Queen

Une chanson de Queen que Freddie Mercury n’a pas chantée et qui raconte l’histoire de « La Planète des Singes ». Kamoulox ? Eh bien non. Il fallait bien une Lorène Aldabra, reine de la J-pop francophone, pour proposer ce morceau de Queen que personne ne connaît. En plus, c’était pour un duo avec Valérian Bordas, roi du rock jurassien, originaire du département du Jura. Département numéro 39. La boucle est bouclée. (Cette intro pue la coke à pleines narines alors que non en fait) (mais on va laisser croire que si pour faire plus rock’n roll)

La chanson ne fait pas directement référence à « La Planète des Singes », mais traite du même phénomène de dilatation du temps. En année 39, des gens partent pour un voyage spatial car la Terre devient surpeuplée. Il ne s’agit donc pas de 1939, mais peut-être de 2139 ou 2239… C’est une chanson de science-fiction, ce qui contraste avec la plupart des chansons folk de l’époque qui parlaient de sujets très terre-à-terre (au sens propre ou figuré). Ces voyageurs spatiaux reviennent un an plus tard… un an selon leur perspective. Mais 100 ans se sont écoulés sur la Terre (c’est la théorie de la relativité restreinte, toi-même tu sais). Et tout le monde est giga vieux ou mort.

Mais wtf Brian (is in the kitchen) ? Brian, c’est un astrophysicien. Rigole pas, il a passé son doctorat en 2007, 30 ans après avoir arrêté ses études après un Bachelor’s Degree pour devenir rockstar. Alors ça, c’est la classe. Roger Taylor, le batteur de Queen, avait prévu d’être dentiste avant d’être détourné du droit chemin par les sirènes de la starification musicale. Et John Deacon, le bassiste, allait devenir ingénieur électricien. Ces gars ont tout gâché juste pour la gloire et une carrière musicale épique. Ridicule.

D’un point de vue purement musical, le morceau ressemble à première vue/audition à un morceau folk banal. Un vulgaire morceau country. Qui joue tout de même sur des tonalités voisines ambiguës (des trucs de geektaristes avec des tonalités relatives indécises et des changements de tonalités entre le couplet et le refrain), et comporte 15 accords différents. Ce truc n’est pas un morceau de débutant. Valérian avait bien révisé, alors il a guitaré ça tout proprement, malgré la ««« fatigue »»». Néanmoins, la guitare n’est pas ce qu’on entend le plus dans la reprise. Devant, il y a le clavier (un synthé virtuel d’Acoustica Mixcraft), le même arpégiateur que pour la reprise de février (Garota de Ipanema avec Thibault), un bien bel algorithme très rigolo et facile à utiliser, pour peu qu’on connaisse la progression des accords du morceau. Bien sûr, depuis avril dernier, il n’y a pas pas eu une seule reprise du mois enregistrée sans le clavier Roli, ici pour des nappes en arrière-plan.

L’instrument majeur, enfin, principal (c’est le déluge de tonalités dans le morceau de toute façon), c’est la voix. Celle de Valérian et celle de Lorène. Avec des harmonies à foison. Lorène n’est pas qu’une chanteuse danseuse auteuse compositeuse interpréteuse. Elle a aussi une très très solide expérience de choriste. Ceux qui pensent que les choristes sont des chanteuses ratées frustrées, vous pouvez remballer. Une choriste a le devoir de la justesse et du placement rythmique parfaits, pour porter la voix principale qui, elle, peut s’autoriser quelques errements, puisqu’elle s’appuie sur tout ce qu’li y a derrière, instruments et choeurs, et rien ne s’appuie sur elle (la voix lead est au top de l’organigramme). Vous n’avez jamais remarqué que beaucoup de chanteurs/chanteuses sont complètement à côté de la plaque en concert ? Eh bien ils peuvent se le permettre grâce à leurs choristes qui font remonter la moyenne. Ou merci le playback aussi.

Lorène est aussi coach vocale et a donc coaché Valérian qui ne s’attendait qu’à faire de la guitare. Au départ, Valérian était là pendant la semaine pour enregistrer des nouveaux morceaux pour son projet musical top secret. J’aime rentabiliser le temps de présence des gens. Quand ils viennent, c’est rare qu’ils ne fassent pas quelque chose d’imprévu, genre une reprise du mois. Ou un truc imprévu dans la reprise du mois prévue. #Imprévuception
D’ailleurs cette semaine-là, la reprise du mois n’était qu’une parenthèse puisque Valérian est resté cinq jours pour enregistrer des nouveaux morceaux pour son nouveau projet musical top secret. Je suis dessus d’ailleurs, là, je vais donc vous laisser et conclure cet article pour continuer les mixages.
Pour cette reprise, on a enregistré les voix entre 2h et 3h du matin, entre les seringues usagées et les bouteilles vides. Yolo, les murs sont épais,  Je me suis levé à… pas couché en fait. Mais j’ai tenu la journée sous perfusion de café. Donc on a pris du café, soluble. Pour être raisonnable. Le café c’est légal. Bon. En vrai on avait bu que de l’eau, l’alcool fait chanter faux ceux qui savent chanter, et on a peur des piqûres. Ou pas. C’est difficile de vouloir faire croire qu’on est rock’n roll quand en vrai on est aux 35h.
Il est temps que cet article se finisse.

Retrouvez « ’39 » sur Bandcamp et Soundcloud.

E.C.

TQID#32 / « ’39 » – Queen

TQID#31 / « The Shining » – Berlioz

Cette année, je suis très « ciné ». Après « La La Land », c’est au tour de « Shining » de m’inspirer. Cette 31ème reprise est partie d’une idée de Valentin, qui était venu pour le montage de son émission « Records on the Road » ! C’est une idée bizarre de reprendre un morceau instrumental de ce genre, mais je crois qu’on en a fait quelque chose d’intéressant. Et il y a des choses à en dire. Oui Monsieur. Et je ne vais pas me priver de tout vous révéler.

« Shining » (« The Shining » en version originale) est un film du réalisateur Stanley Kubrick, qui adorait utiliser la puissance de morceaux connus pour soutenir, ou plus exactement compléter ce qu’il pouvait dire à l’image. Dans « 2001, l’Odyssée de l’Espace », il a à tout jamais gravé dans notre inconscient collectif la logique association entre une musique classique et une thématique spatiale avec « Ainsi parlait Zarathoustra » ou « le beau Danube bleu » de Strauss. Quelques années plus tard, il se sert de Beethoven pour exprimer la folie d’Alex, grâce également à des versions synthétisées des symphonies du grand maître, comme pour montrer comme ça déconne à plein tube dans le cerveau de ce brave Alex.
Dans « Shining », il faut attribuer à Berlioz le thème repris dans l’introduction du film. C’est un extrait de sa Symphonie Fantastique, la cinquième partie, « Songe d’une nuit de Sabbat« . L’histoire est cool. Regarde. Un artiste tourmenté par une femme s’empoisonne pour mourir mais est juste plongé dans une sorte de coma avec des hallucinations. Il rêve qu’il tue celle qu’il aime, et qu’il est condamné à mort pour ce crime. La cloche qu’on entend dans le morceau, c’est le glas. C’est pas une cloche de vache. Des sorcières, des vampires et des monstres de toutes sortes dansent joyeusement pour fêter sa mort. Et ils sont encore plus heureux quand celle qu’il a tuée arrive pour se joindre à la petite sauterie. C’est cool hein ?

Il y a un contraste manifeste entre ces grands classiques que sont devenues ces symphonies éternelles pop (ulaires) que tout le monde connaît, et les situations contemporaines voire futuristes qu’exposent ses films, Kubrick. A partir de ce contraste (une contradiction apparente), Stanley obtient une substance artistique où les images et les musiques se mettent mutuellement en scène, révélant des vérités transversales intuitives reconnaissables dans chaque acte artistique abouti, quelle que soit l’époque, quel que soit le domaine.
Nos cerveaux servent de marmite où mijotent musiques et images, baignant dans notre esprit bouillant d’humains. La mixture finale est une concoction métaphysique, un « conceit » qui nous expose à des questionnements sur le spirituel et le temporel, sur ce qu’est l’essence-même de l’humain, et l’ensemble de ses agissements dans le monde et sur lui-même sous le regard d’une force supérieure, l’humain qui s’agite face au divin qui regarde. Les héros des films de Kubrick ne représentent pas qu’eux-mêmes. Ils sont nous, ils sont tout le monde, ils sont aussi faibles et victimes que chacun d’entre nous face à une intelligence non-humaine, une intelligence artificielle, une intelligence diabolique, une intelligence féminine (pour « Lolita ») (là c’est juste de la provocation, rangez-moi ce katana), une intelligence divine qui semble se jouer de nos failles, en nous regardant perdus entre deux mondes, peut-être qu’on ne survivra pas à cette transition, au secours, c’est l’ANGOISSE TOTALE.

L’angoisse, un peu comme la vie de Berlioz, qui est tombé amoureux d’une comédienne irlandaise de la pièce « Hamlet » qu’il avait vue en V.O. sans parler un mot d’anglais. Super. Le mec fait nuit blanche, ne tient plus, décide d’écrire des lettres d’amour à sa belle, en vain. Il craque, fait une dépression, compose la Symphonie Fantastique en 2 mois. L’irlandaise ne vient pas à la première de la Symphonie et il lâche l’affaire. Il se fiance avec une autre, qui le quitte pour ce loveur Camille Pleyel (le fameux fabricant de pianos en personne). Il retourne à Paris, et là, quand il rejoue la Symphonie, sa belle irlandaise est là. Elle est conquise, par la symphonie mais pas que. Il veut l’épouser, elle refuse, il fait un chantage au suicide, elle accepte, elle finit totalement aigrie et insupportable. Si t’as pas une vie de merde, tu peux pas être un grand artiste.

Valentin, le repriseur du mois, a interviewé récemment DJ Suspect dans le cadre de « Records on the Road », son émission sur les « diggers » de musiques du monde. On est en train de mixer la prochaine, on vous tiendra au courant !
Pour en revenir à la reprise du mois, Valentin a joué la basse, mais ça faisait un peu court comme participation. Alors on s’est dit qu’on aurait pu ajouter des voix. Pour chanter quoi ? Des « ooooh » et des « aaaah » ? On pouvait mieux faire. Ecrire des paroles en français ? On pouvait mieux faire. Les paroles en latin, ça fait toujours son effet. Pour ce qui est de la forme, à part un rendu « étrange », il n’y avait aucune ligne éditoriale. C’est le morceau qui a décidé tout seul. A moins que le Diable ne se soit invité dans nos esprits pour guider nos choix…

Retrouvez « The Shining » sur Bandcamp et Soundcloud.

E.C.

TQID#31 / « The Shining » – Berlioz