Laboratoire musical, Project studio, Témoignage

Les presets (ou préréglages) : solution de facilité ?

Un paramétrage (EQ, compression, réverb…) est une réponse à une situation, un traitement de cette situation par rapport à un but. Une fois passé la méthode du « je mets tout à fond » ou « je fais tout au hasard » (quand on n’a pas encore entrepris d’étudier les outils de mixage), on peut trouver des réglages précis et cohérents. Mais ça peut être long et laborieux. Heureusement, on peut sauvegarder un réglage dont on est satisfait, pour le réutiliser plus tard dans un autre morceau. Oui, un bon réglage pourrait bien fonctionner ailleurs.

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On peut parfois voir, dans les plugins de séquenceurs/DAW, des presets ayant comme intitulé « piano », « voice » ou « kick ». S’il y a une bonne solution toujours efficace pour chaque instrument, alors il suffit de trouver la recette… Mais ce n’est pas si simple, et heureusement ! Un instrument n’est pas une situation, c’est un élément d’une situation à appréhender dans son ensemble. Toutes les voix, les grosses caisses, les guitares électriques ne sont pas les mêmes. Il y a aussi plusieurs façons de jouer d’instrument. Et il y a l’embarras du choix des méthodes de prise du son.
En fonction du timbre naturel de l’instrument (et éventuellement de son ampli, et des pédales d’effets), de la technique utilisée (notes longues, notes étouffées, hauteur des notes) et des conditions d’enregistrement (nombre et type de micros, lieu d’enregistrement), le matériau sonore qui arrive au mixage est pratiquement imprévisible. Il y a toujours des imprévus, et parfois des accidents. Et il faut faire avec ce que l’on a réellement, pas ce que l’on espère. Il est donc difficile d’être sûr qu’un préréglage, établi à partir d’une autre situation, pourrait fonctionner dans un autre contexte.
Un préréglage peut toutefois être un point de départ utile, surtout si les matériaux sonores sont similaires. Et si ce n’est pas le cas, ça peut permettre de se faire une opinion du paramétrage à faire en écoutant des paramétrages qui ne fonctionnent pas, ou qui fonctionnent presque. Après avoir passé en revue plusieurs possibilités, on se fait une meilleure opinion de ce qui fonctionnerait le moins mal ou, soyons fous, le mieux. Par ailleurs, si aucun paramétrage ne semble convenir, c’est peut-être que le matériau sonore n’est pas calibré pour le traitement. Au bout d’un moment, si aucun réglage ne permet de trouver une solution acceptable, il faudra se demander si ce n’est pas l’enregistrement qui est en cause : peut-être faudra-t-il réenregistrer, alors avec une autre méthode de prise de son ou d’exécution instrumentale. La qualité du son traité dépend à 91,3% (je blague, là) de la qualité lors de l’enregistrement. Il peut arriver qu’on puisse sauver une mauvaise prise de son (ou avoir l’impression d’avoir réussi à le faire), mais il est évidemment plus agréable de faire de l’art plutôt que de la chirurgie réparatrice.
Pour ceux qui, moins souples, veulent à tout prix un rendu sonore spécifique et exactement conforme à un modèle, avec un preset particulier, il faudra retrouver scrupuleusement les mêmes conditions d’enregistrement. Il faudrait placer les mêmes micros exactement au même endroit devant exactement le même instrument ou ampli réglés exactement de la même façon et exécuter le geste avec la même technique. Rien n’est impossible, il faudra juste avoir une photo de la disposition de chaque élément et avoir un instrumentiste de grande qualité. Et pas d’imprévus !

Kramer

On peut être perfectionniste, mais la perfection n’est pas de ce monde.  Ce que l’on peut faire, c’est essayer de déterminer objectivement quelle est la méthode la plus appropriée par rapport au but esthétique déterminé subjectivement. L’objectif dans le subjectif. Prendre la bonne décision (selon ses critères personnels) est tout ce qui importe. La façon d’arriver à cette décision est juste le problème de l’artisan aux manettes. Pour les auditeurs, seul le résultat compte. Mais, avant toute chose, quand on applique un traitement sur un enregistrement, il faut avoir un but pour ce traitement. Comme le dit Graham Cochrane, un traitement est une dégradation sonore d’une piste (on y retire des informations d’énergie, de fréquences, etc), alors avant d’ôter toute l’authenticité de la piste, vérifions si la dégradation est pertinente !

E.C.

Collectif, Témoignage

Mon top 5 de « Chansons pour chialer dans sa bière »

Avec Chansons pour Chialer dans sa Bière, Minimike invite les gens à faire leur top 5 des chansons tristes qui font luire leurs yeux d’émotion. Je me suis plié à l’exercice.
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1. DANIEL JOHNSTON – Some things last a long time (album “1990”, 1990)

C’est d’une voix haut perchée pleine de fragilité que Daniel commence avec “your picture is still on my wall/j’ai toujours ta photo sur mon mur”. Inconsolable. Le piano et les choeurs ne peuvent qu’accompagner Daniel dans la nostalgique rétrospective de son amour de jeunesse perdu. Elle l’a quitté pour un croquemort quand il avait 17 ans. En 1978. Depuis, chaque concert, chaque chanson, chaque inspiration est un témoignage de cette douleur.


2. BEACH HOUSE – Take Care (album “Teen Dream”, 2010)

Dans un nuage sucré, une voix profonde habille des arrangements simples aux sonorités douces, presque naïves. L’angoisse mignonne suscitée par ce morceau est assez déroutante. C’est de la pop, l’orgue au fond est classique, et le son ressemblant à un clavecin donne à ce titre un aspect psychédélique. On est pris dans un tourbillon, mais un tourbillon tendre qui ne déchire et ne malmène rien. Il pince juste le coeur, juste ce qu’il faut pour appuyer sur “repeat” malgré ses (tout de même) 4 minutes 43.


3. TIM BUCKLEY – I Never Asked to be your Mountain (album “Goodbye And Hello”, 1967)

Jeff Buckley a un peu plus d’un an quand son père, le fantasque Tim Buckley, sort cette chanson. Il y raconte son besoin de liberté et semble y justifier son absence, au nom de la musique. Il meurt en 1975. Jeff l’a vu une fois et n’est pas invité aux funérailles. En 1991, lors d’un concert en hommage à Tim Buckley, Jeff reprend cette chanson, marquant un tournant dans sa vie : c’est à ce moment que démarre sa notoriété et qu’il rencontre Gary Lucas, avec qui il compose le titre “Grace”.


4. LISA GERMANO – Red Thread (album “In the Maybe World”, 2006)

Les paroles les plus tristes du monde avec la guitare la plus douce du monde.“Personne vers qui courir, personne pour te prendre dans ses bras, personne pour t’ôter l’envie d’aller en enfer.” Bienvenue dans la tête de Lisa Germano. La sonorité du piano à 2’21 sent le grenier, et ce qui ressemble à un piano agrémenté d’un chorus à 3’00 enterre tout et tout le monde.


5. JOY DIVISION – Atmosphere (album “Substance”, 1980)

Joy Division, c’est la poésie tourmentée de Ian, la basse puissante et mélodique de Peter, le quadrillage rythmique de Stephen et la guitare sobre de Bernard. Pour Atmosphère, on ajoute un synthé grave inquiétant pour les couplets et un orgue aigu mortuaire pour les refrains. Et un clip post-mortem glacialissime.

E.C.