Collectif, Label, Project studio

2016, une année de reprises : TQID #5 / « She’s Lost Control » – Joy Division

En mai cette année, nous commémorions la fin de Joy Division avec le suicide de Ian Curtis, leader et âme du groupe, il y a 36 ans. Poète et interprète habité, Ian était irremplaçable, et le groupe a continué dans une autre configuration. Bernard Sumner, le guitariste du groupe, prend le micro et le groupe opère un virage électro. Rebaptisé New Order, le groupe devient même une référence en la matière. Mais Bernard Sumner n’a pas la voix ni la classe ni la plume de Ian Curtis… Alors on oubliera les versions de New Order des morceaux de Joy Division. New Order n’est ni la suite ni une version bas de gamme de Joy Division, c’est juste un autre groupe. C’est aussi peut-être pour retourner à ses racines que Peter Hook, bassiste de Joy Div’, a décidé de ramener à la vie le son et l’esprit de Joy Div’ avec son groupe, Peter Hook and The Light, avec des reprises bluffantes d’authenticité vintage.
Bref, on a fait une reprise de Joy Division avec Douglas Hinton.

Le 26 mai dernier, Douglas Hinton a sorti un premier titre, « Start Anew », qui est également le nom de son prochain album entièrement produit chez nous. D’ailleurs Douglas, après Blue Chill et Bouche Pute, fait désormais partie de notre label. Les photos sont donc de Rachel Saddedine, l’artwork est de Madows (la pochette de l’album est sublime, vous verrez !), et le son est de votre serviteur (coucou).

Je connais Douglas depuis 2012. Formateur en anglais à Brest quand j’étais formateur en français en Angleterre, on se trouve aussi surtout la musique comme point commun. Lorsque je vais le voir en concert dans un petit bar à Quimper, en septembre 2013, ce qui me frappe, c’est son grand professionnalisme, sa constance et son endurance, sa générosité, son répertoire illimité, et sa capacité à faire des reprises de morceaux rocks à la guitare folk en se les réappropriant totalement. Il est fort. Il est très très fort.

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Il y a quelques mois, je lui propose de faire une reprise pour TQID, et il me répond poliment que ma suggestion du titre « Song 2 » de Blur ne lui convient pas, puisqu’il n’aime pas Blur (voire pire). Il me propose « She’s Lost Control » à la place.  Il la maîtrise, je sais que ça sera du gâteau. Son album, prévu pour la rentrée, explore plusieurs facettes de la folk. Alors j’ai trouvé intéressant d’emmener la reprise ailleurs, tout en gardant l’esprit de la musique de Douglas, très directe, organique. Charnelle, dirais-je même, si j’osais. Allez, j’ose : charnelle.

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Pour l’occasion, j’ai opté pour un enregistrement aussi spontané que possible, avec un (saussi) son sec. On tente rapidement de mettre ça au point dans le salon, ça marche, on valide. La fin du mois approche, il faut faire vite. On est le vendredi 27 mai, c’est un peu tard pour enregistrer quelque chose de trop élaboré. Faire une reprise folk acoustique prendra moins de temps, donc ça pourra être fini avant le 1er juin (la reprise du mois doit sortir à temps, c’est ça la contrainte). Mais le temps, avec Douglas, on en a toujours assez.
Oui, il faut savoir une chose : quand Douglas enregistre de la musique, la première prise est toujours parfaite, que ce soit à la voix ou à la guitare. Il n’y a besoin d’absolument aucun « editing » pour recaler la moindre note. Tout est juste, tout est dans le tempo. Du coup, en 8 minutes chrono, il a fait sa part du job, et on commence à bidouiller en passant sa guitare dans des modélisateurs (virtuels) d’amplis Orange, que j’aime beaucoup beaucoup et que je trouve très très réalistes. Inspiré par sa prestation parfaite dans le fond et la forme, j’ajoute ensuite deux guitares électriques parfaitement soutenues par la guitare folk de Douglas, triplée (une en son direct, et deux passées par les modélisations Orange). J’enregistre la deuxième voix que Douglas avait imaginée, je réajuste les percussions, et c’était fini dans la journée. L’efficacité de Douglas est contagieuse !

Vous pouvez trouver le morceau sur Bandcamp et Soundcloud.

E.C.

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Collectif, Label

2016, une année de reprises : TQID #4 / « All is Full of Love » – Björk

« All is full of love », dernier morceau de l’album « Homogenic » de Björk, est en âge d’être à l’université. Sorti en 1997, il a déjà 19 ans. Cette reprise du mois est l’occasion de revenir sur une chanson dont le titre d’apparence un peu hippie contient un peu plus de profondeur qu’il n’y paraît.

J’ai découvert ce morceau très tard, vers 2010 seulement. La musique de Björk avait toujours été trop raffinée et dans la nuance pour qu’elle ne réussisse à me toucher. Et jusqu’à 2010, grosso modo, j’étais plutôt fermé. Mais on évolue. Comme tous les gens de ma génération nés dans les années 80, j’avais entendu parler de Björk pour la première fois lors de la sortie de son tube planétaire « Bachelorette », en 1997. A l’époque, j’avais trouvé ce morceau quelconque, pas du tout surprenant. A 13 ans, je me disais que Björk était surévaluée (la modestie adolescente). Je l’ai redécouverte quelques années plus tard, sur Arte, grâce à « Dancer in the Dark », film musical conceptuel dans lequel elle avait le rôle principal. Et là, j’ai compris à qui j’avais affaire. Son duo avec Thom Yorke, idole de mes jeunes années, acheva de me convaincre de sa qualité artistique. En plus, Wikipedia nous apprend qu’elle a fait partie d’un groupe qui s’appelait, Tappi Tikarrass, « Botte le cul des putes » en islandais. Cette femme est folle. Je ne pouvais que l’adorer.

« All is full of love » est né dans le cerveau de Björk lors d’un ibérique printemps de 1997. Elle venait de passer 6 mois à la montagne, à Malaga, et commençait à ressentir un profond sentiment de solitude. « Je venais de passer un hiver assez difficile. Par un matin de printemps, je me promenais dehors et les oiseaux chantaient ‘Le printemps est arrivé‘ ! J’ai écrit et enregistré la chanson en une demie journée. Ça s’est fait tout seul, tu vois le genre : tu es juste trop têtu, ne sois pas stupide, il y a de l’amour partout. »
Quelle poétesse, cette Björk. Elle pourrait même faire de la poésie en parlant des composants électroniques d’une télé. D’ailleurs, elle l’a fait :

Cette chanson est un hymne à l’amour. Pas celui entre deux personnes, mais à l’amour qui ne se dissocierait pas de la Nature, de Dieu (le terme importe peu), et qui se trouve partout où il y a de la vie. Björk est une hippie, n’oubliez pas qu’elle a grandi avec sa mère dans une communauté hippie, c’est du sérieux cette affaire. Cette chanson est un encouragement pour tous ceux qui pourraient perdre foi. On te donnera de l’amour, on prendra soin de toi, on te donnera de l’amour, il faut que tu aies confiance. C’est une chanson qui dépasse, voire contredit la reprise de mars, « I Want To », qui est plutôt un hymne à l’amour adolescent et capricieux (même si ça parle d’une relation avec un chat). Je te veux tellement. Tu me manques tellement. Je veux revenir à la première fois, le premier lieu. Il me semblait donc assez drôle de refaire intervenir Rachel à la voix, mais avec des intentions bien différentes, plus apaisées.

Vous pouvez trouver le morceau sur Bandcamp et Soundcloud.

E.C.