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TQID#14 / « Ave Maria » – Franz Schubert

Cette reprise du mois est un morceau qui m’accompagne depuis une petite dizaine d’années. A priori je n’étais pas fan d’opéra, l’esthétique vocale ne me parlait pas. En 2009, dans le cadre de mes recherches sur la voix, son développement et ses limites, je m’intéresse aux chanteurs lyriques, et surtout au plus célèbre des chanteurs contemporains du genre, Luciano Pavarotti. Sa manière d’interpréter « Ave Maria » m’a littéralement scotché.

Le compositeur est Franz Schubert (en 1825), mais le titre d’origine n’est pas Ave Maria, c’est Ellens Dritter Gesang, associé à une traduction en allemand par Adam Storck d’un long poème narratif paru en 1810, La Dame du Lac, de Walter Scott (1771-1832). Au départ, ni le poème épique de Walter ni l’adaptation de Adam n’ont de connotation religieuse. C’est l’histoire d’Ellen Douglas qui s’enfuit avec son père et ils se cachent dans une grotte, et elle prie la Vierge Marie pour avoir un coup de main car son amoureux est à la guerre. Alors voilà, elle appelle la Vierge Marie, et les refrains commencent par « Ave Maria », donc ça a été repris par l’Eglise Catholique avec les paroles d’une prière en latin, et ça fait partie aujourd’hui de la culture populaire mondiale. Notez que cette version est à ne pas confondre avec l’Ave Maria de Bach réarrangé par Charles Gounod.
Entre les différentes versions qui ont été enregistrées, celle qui a ma préférence est celle de Luciano Pavarotti, tout en relâchement et puissance. La version de Mario Lanza, chanteur lyrique fantasque mort à 38 ans, est également remarquable.

L’esthétique lyrique est clairement identifiable par la technique vocale employée. Spontanément, quand on imite un chanteur d’opéra, on baisse la tête et on prend une voix grave. Pourtant un chanteur d’opéra n’a pas une voix spécialement grave, bien au contraire même. Mais il est normal de le croire.
La technique lyrique impose de garder un larynx en position basse, comme pour une note grave, sans le remonter quand on veut atteindre des notes plus aiguës. Cette position a l’avantage de permettre de conserver plus ou moins le timbre sans le rendre de plus en plus nasal au fur et à mesure que l’on monte, mais la tâche vocale se complique car cette position ne permet pas d’atteindre facilement des notes que l’on pourrait atteindre plus librement en relâchant le larynx. En effet, la position de larynx bas ne permet d’utiliser que les notes réellement maîtrisées, aucun sur-régime (dangereux pour la voix) n’est possible.
Cette approche protège la voix, mais la fatigue énormément. En conséquence, si les chanteurs lyriques optaient pour une technique de chant pop/rock moderne, ils crèveraient le plafond, mais menaceraient l’intégrité physique de leur voix. Qui veut aller loin ménage sa monture…

Je n’ai pas essayé d’imiter rigoureusement la technique dite lyrique, qui demande beaucoup de travail spécifique pour être maîtrisée. J’ai fait de mon mieux dans mon style pour rendre hommage à cette approche, en me permettant quelques fantaisies techniques et mélodiques par rapport au modèle de départ. Au niveau instrumental, j’ai été beaucoup influencé par le groupe Money, et son fantastique album Suicide Songs, très simple et ambitieux à la fois, modeste et riche. La spontanéité du groupe me rappelle beaucoup Beirut, groupe de folk psychédélipop (j’aime inventer des noms de genres musicaux, vous n’avez qu’à écouter de la musique plutôt que lire des analyses !).

Retrouvez « Ave Maria » sur Soundcloud, Bandcamp et Youtube.

E.C.

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