Collectif, Label, Project studio

2016, une année de reprises : TQID #7 / « The Drugs Don’t Work » – the Verve

En 1997, Richard Ashcroft est très triste après une rupture, donc il écrit une chanson d’amour. Genre, le mec. Rien de plus banal. Mais quand Richard est triste et que son groupe veut composer une chanson triste, les gars n’y vont pas avec le dos de la cuillère. Clotilde Verry ne connaissait pas la chanson (#FosséGénérationnel) (je hashtague comme un jeune) mais elle a accepté de bien vouloir l’enregistrer pour The Queen Is Dead Records.

« Bittersweet Symphony » a été le plus gros tube de The Verve, certes, mais c’est un plagiat de « The Last Time ». Donc on va dire que ça ne compte pas. The Verve est quand même vraiment un super groupe, et il a connu un autre gros succès, mérité lui, avec « The Drugs Don’t Work ». D’ailleurs c’est leur seul titre qui a été numéro 1 en Angleterre (avant l’ère du streaming, on se basait sur le nombre de ventes de singles) (j’explique, pour ceux qui n’ont pas connu cette époque) (je parle comme un vieux).
Après le premier succès de leur plagiat, le public était forcément plus attentif au second single. Et puis Lady Diana venait de mourir, et il semblerait que cette chanson d’amour désespérée (« I know I’ll see your face again ») ait servi de catalyseur à la tristesse nationale britannique.

A l’époque, en automne 1997, je passais mon temps devant les clips d’M6. Enfin, j’allais à l’école hein. J’étais en troisième, je regardais « Hartley, cœurs à vif », et j’étais orphelin du Club Dorothée qui avait eu sa dernière émission le 30 août. Le club était donc mort quasiment en même temps que Lady Di. Hasard ? Non, je ne crois pas. Bref, c’était le bon vieux temps (je parle comme un vieux).
Cette année-là (dédicace à Cloclo) (ou Yannick), il y a deux morceaux qui m’obsèdent : « Your Woman » de White Town, et le fameux « Bittersweet Symphony » (avec le clip où Richard bousculait tout le monde). Je me souviens également du clip de « Lucky Man », mais aucun souvenir de « The Drugs Don’t Work ». Je ne crois pas l’avoir entendue à ce moment-là, ou alors elle n’avait pas retenu mon attention. C’est avec la version de Ben Harper, dans son album « Live From Mars » (sorti en 2001), que je la découvre véritablement.

Il y a quelques mois, je fais la connaissance de Marie-Angélique (coucou !) qui me parle de sa sœur qui chante, Clotilde Verry. J’écoute par politesse, et aussi parce qu’ « on sait jamais », et je tombe complètement amoureux de sa voix. Elle chante en s’accompagnant à la guitare, sans chichis, de manière très naturelle et spontanée. C’est pur et lumineux.
Et c’est toujours réussi, même quand elle s’attaque au grand « Dream a little dream of me » avec son camarade Quentin au violoncelle. Allez vite vous abonner à sa chaîne Youtube.

En lui proposant « The Drugs Don’t Work », j’ai voulu l’emmener dans un registre un peu plus dramatique. J’ai enregistré sa fidèle guitare folk Ibanez que j’ai associée à ma Lag 12 cordes, utilisée pour la première fois en enregistrement, pour un résultat folk étoffé par ma vieille Cort G250 rouillée que j’adore utiliser avec le vibrato afin d’obtenir une sorte d’effet chorus manuel, quand tu as l’impression que la note est légèrement fausse puis s’ajuste puis refausse puis se réajuste sur des cycles courts. Ecoute, tu verras de quoi je te parle.

Vous pouvez trouver le morceau sur Bandcamp, sur Soundcloud et sur Viinyl.

Cette reprise marque la fin d’une année de travail intensif et de nuits courtes ! A l’aube des vacances d’été, voici l’heure du bilan de cette première année et ces 37 titres enregistrés et mixés chez nous :
– un album de rock garage pour Coffee Saucers
– un 3 titres pour Blue Chill
– un EP pour Bouche Pute
–  un album pour Douglas Hinton (qui sortira en septembre)
– sept reprises du mois avec plein d’invités

On vous recommande la playlist Spotify, mise à jour au fur et à mesure des nouveautés.

E.C.

Collectif, Non classé, Project studio

2016, une année de reprises : TQID #6 / « The Boy with the Thorn in his Side » – the Smiths

Ce mois-ci, on fête les 30 ans de « The Queen Is Dead », fabuleux album de The Smiths sorti en 1986. Et c’est Sophie Boss, voix  de The Wishing Machine, qui nous a gratifiés de sa participation.

Il y a une quinzaine d’années, je découvrais Internet. C’est à ce moment-là que je découvre à peu près tout ce qui composera la base de mes goûts musicaux : the Talking Heads, Joy Division, Unbelievable Truth, et The Smiths. J’ai commencé par l’album « The Queen Is Dead ». Avec ce nom d’album, ça sent les petits provocateurs. En plein Thatcherisme, le titre fait sensation, mais moins que l’idée initiale censurée, « Margaret on the Guillotine ».  Sur la pochette de l’album, ce n’est pourtant pas la Reine que l’on peut voir, mais Alain Delon, d’après une photo prise lors du tournage du film L’Insoumis (1964). The Smiths, c’est la provoc’ et le bon goût, la désinvolture mais la politesse.

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Enfin, le bon goût, tout est relatif. En bons rebelles, au début ils étaient contre l’idée d’avoir un clip vidéo. Jusqu’à ça :

On pourra toujours regarder ça au quatrième degré. Cinquième ? Cinquième. Sixième ? Bon, ok, sixième.
Johnny Marr est un génie mélodique, ses riffs de guitare sont des Kinder Country pour les oreilles. Morrissey est  la coolitude classe incarnée, un auteur engagé habité au flegme vocal empreint de sagesse. C’est avec « The Boy with the Thorn in his Side » que j’ai découvert tout ça. C’est le premier morceau du groupe que j’ai écouté en boucle, malgré sa tonalité plutôt majeure, ce qui était une première pour moi. Il paraît que c’est également le morceau préféré de Morrissey. D’ailleurs la version originale qui figure sur l’album avait été enregistrée juste en tant que démo au départ.

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Sophie, oeuvrant essentiellement en électro avec The Wishing Machine, a accepté de se prêter à l’exercice vocal à nos micros, avec une facilité déconcertante. La première prise a servi de test, la deuxième prise était la bonne, et on a tenté une troisième et une quatrième piste pour obtenir des voix un peu plus ambitieuses à la fin. En une demie heure, tout était déjà dans la boîte. Aucune retouche, aucun montage, à peine de la compression et une reverb discrète pour mettre en valeur sa voix d’une pureté fabuleuse. Quel talent. Et un résultat à mi-chemin entre Elizabeth Fraser (Cocteau Twins) et Andrea Corr (the Corrs).

Vous pouvez trouver le morceau sur Bandcamp, sur Soundcloud et sur Viinyl.

E.C.

Collectif, Label, Project studio

2016, une année de reprises : TQID #5 / « She’s Lost Control » – Joy Division

En mai cette année, nous commémorions la fin de Joy Division avec le suicide de Ian Curtis, leader et âme du groupe, il y a 36 ans. Poète et interprète habité, Ian était irremplaçable, et le groupe a continué dans une autre configuration. Bernard Sumner, le guitariste du groupe, prend le micro et le groupe opère un virage électro. Rebaptisé New Order, le groupe devient même une référence en la matière. Mais Bernard Sumner n’a pas la voix ni la classe ni la plume de Ian Curtis… Alors on oubliera les versions de New Order des morceaux de Joy Division. New Order n’est ni la suite ni une version bas de gamme de Joy Division, c’est juste un autre groupe. C’est aussi peut-être pour retourner à ses racines que Peter Hook, bassiste de Joy Div’, a décidé de ramener à la vie le son et l’esprit de Joy Div’ avec son groupe, Peter Hook and The Light, avec des reprises bluffantes d’authenticité vintage.
Bref, on a fait une reprise de Joy Division avec Douglas Hinton.

Le 26 mai dernier, Douglas Hinton a sorti un premier titre, « Start Anew », qui est également le nom de son prochain album entièrement produit chez nous. D’ailleurs Douglas, après Blue Chill et Bouche Pute, fait désormais partie de notre label. Les photos sont donc de Rachel Saddedine, l’artwork est de Madows (la pochette de l’album est sublime, vous verrez !), et le son est de votre serviteur (coucou).

Je connais Douglas depuis 2012. Formateur en anglais à Brest quand j’étais formateur en français en Angleterre, on se trouve aussi surtout la musique comme point commun. Lorsque je vais le voir en concert dans un petit bar à Quimper, en septembre 2013, ce qui me frappe, c’est son grand professionnalisme, sa constance et son endurance, sa générosité, son répertoire illimité, et sa capacité à faire des reprises de morceaux rocks à la guitare folk en se les réappropriant totalement. Il est fort. Il est très très fort.

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Il y a quelques mois, je lui propose de faire une reprise pour TQID, et il me répond poliment que ma suggestion du titre « Song 2 » de Blur ne lui convient pas, puisqu’il n’aime pas Blur (voire pire). Il me propose « She’s Lost Control » à la place.  Il la maîtrise, je sais que ça sera du gâteau. Son album, prévu pour la rentrée, explore plusieurs facettes de la folk. Alors j’ai trouvé intéressant d’emmener la reprise ailleurs, tout en gardant l’esprit de la musique de Douglas, très directe, organique. Charnelle, dirais-je même, si j’osais. Allez, j’ose : charnelle.

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Pour l’occasion, j’ai opté pour un enregistrement aussi spontané que possible, avec un (saussi) son sec. On tente rapidement de mettre ça au point dans le salon, ça marche, on valide. La fin du mois approche, il faut faire vite. On est le vendredi 27 mai, c’est un peu tard pour enregistrer quelque chose de trop élaboré. Faire une reprise folk acoustique prendra moins de temps, donc ça pourra être fini avant le 1er juin (la reprise du mois doit sortir à temps, c’est ça la contrainte). Mais le temps, avec Douglas, on en a toujours assez.
Oui, il faut savoir une chose : quand Douglas enregistre de la musique, la première prise est toujours parfaite, que ce soit à la voix ou à la guitare. Il n’y a besoin d’absolument aucun « editing » pour recaler la moindre note. Tout est juste, tout est dans le tempo. Du coup, en 8 minutes chrono, il a fait sa part du job, et on commence à bidouiller en passant sa guitare dans des modélisateurs (virtuels) d’amplis Orange, que j’aime beaucoup beaucoup et que je trouve très très réalistes. Inspiré par sa prestation parfaite dans le fond et la forme, j’ajoute ensuite deux guitares électriques parfaitement soutenues par la guitare folk de Douglas, triplée (une en son direct, et deux passées par les modélisations Orange). J’enregistre la deuxième voix que Douglas avait imaginée, je réajuste les percussions, et c’était fini dans la journée. L’efficacité de Douglas est contagieuse !

Vous pouvez trouver le morceau sur Bandcamp et Soundcloud.

E.C.