Label, Témoignage

Lettre ouverte aux musiciens qui rêvent de succès

The Queen Is Dead Records n’est pas un grand label. Et pourtant, chaque semaine, je reçois des messages d’artistes qui veulent être suivis, accompagnés, afin de connaître enfin le succès tant mérité après des années, parfois des dizaines d’années, de pratique.
Je réponds toujours. Mes réponses sont généralement synthétiques, mais la dernière en date est plus longue et fournie que d’habitude. J’ai donc l’envie d’en partager ici son contenu, sous la forme d’une lettre ouverte destinée à tous ces musiciens, fatigués, perdus, ambitieux, à qui je n’ai pas encore répondu.



Bonjour [à vous, jeune entrepreneur],

La question de la promotion de sa musique occupe l’esprit de tous ceux qui sont fiers de leur œuvre et sont prêts à la partager. Vous n’êtes pas sans savoir que la concurrence ici-bas est très rude, et l’offre dépasse – de loin – la demande. Nul ne peut aller contre cette loi du marché, universelle : la concurrence invisibilise certains, et en propulse d’autres.

En effet, vous le dites vous-même, personne n’ira acheter votre musique sur internet, ou ailleurs, si personne ne vous connaît. C’est presque une lapalissade : on ne peut aimer ce qu’on ne connaît pas. Il vous faudra alors entreprendre des actions pour gagner un public, c’est-à-dire travailler le marketing et la communication autour de votre œuvre pour gagner l’attention des autres, et pouvoir peut-être ensuite obtenir leur temps : écouter de la musique coûte de l’argent et du temps.
Le temps de chacun s’organise de manière très personnelle : le temps alloué aux découvertes et le temps alloué aux musiques déjà connues sont de proportions très variables d’un individu à l’autre. Il n’est pas aisé d’amener une personne à investir son temps.

La musique, comme tout autre produit qui cherche sa cible, nécessite une stratégie. L’auditoire hypnotisé qui viendra à vous sans effort, cela n’existe pas. Et ce, quel que soit votre talent. Si vous étiez le seul musicien de la planète, vous seriez certainement connu de (presque) tous. Dans le monde réel, il sera nécessaire pour vous de vous poser la question de ce qui fait la singularité de votre musique pour faire pleinement connaissance avec vous-même, comprendre qui vous êtes, et ensuite pouvoir en parler avec pertinence et sagacité aux autres. Nous sommes tous uniques, et nous ne savons le montrer correctement que lorsque nous nous en rendons compte nous-mêmes.

Avant de bénéficier d’une aide extérieure, vous devrez forcément faire vos preuves seul. Les labels, quel que soit leur modèle économique, disposent d’un temps – encore lui – limité.

Plutôt que rêver de succès, je vous propose un chemin plus réaliste : construisez-le. « Aide-toi, le ciel t’aidera » fonctionne également dans notre secteur : les gens qui sont les plus courageux attirent davantage que ceux qui attendent que l’on travaille pour eux. Si vous cherchez un label qui travaillera pour vous, à votre service et à votre place, vous risquez de chercher longtemps avant de croiser une âme charitable. Le travail ne sera que collectif, il ne se fera pas sans vous, et seulement après une phase de travail individuel, pour lancer la machine. Isolé, certes, mais vous trouverez toujours des passionnés qui pourront vous encourager et vous dire les vérités qui vous feront gagner du temps. Il y a plus beau qu’une illusion à laquelle croire : un projet qui prend corps et se réalise.

Vous êtes musicien, pas commerçant,  « ce n’est pas mon travail », et vous pensez peut-être que je vous renvoie dans les cordes par méchanceté, fainéantise, par manque d’intérêt ou de curiosité ou de temps. Préparez-vous à constater la généralisation de cette position du côté des labels, maisons de disque et autres structures dans le milieu musical. Passez la tête de l’autre côté du miroir : aider un artiste qui travaille beaucoup seul stimule nettement plus qu’un artiste trop peu humble qui ne se sent pas concerné par l’acte de promotion de sa propre musique. Le manque d’intérêt que pourrait porter un artiste à l’égard de l’ensemble des actions à mener pour défendre et promouvoir sa propre musique permet une sélection naturelle : les plus passionnés seront aidés, les divas seront oubliées. Investissez dans votre musique, montrez le chemin d’abord, vous serez suivi.

Vous avez parcouru le site de The Queen Is Dead Records, donc vous savez avec précision quelle ligne éditoriale le label cultive, et quels périmètres sont couverts. (1)
Je peux vous proposer le mastering de vos œuvres, si elles en avaient toutefois besoin. The Queen Is Dead Records est également un distributeur digital, et peut déposer votre musique sur Spotify, Deezer, Apple Music et les autres plateformes de streaming. Quant à l’aspect marketing et communication, je vous oriente vers ma camarade Guilaine Robin, qui est la meilleure guide dans le domaine : https://www.guilsrecords.com/
Ses livres sont de véritables mines d’or : https://www.guilsrecords.com/livres-ebooks

J’aurai un dernier conseil : lorsque vous souhaitez entrer en contact avec un professionnel de la musique, je vous recommande de ne pas multiplier les appels téléphoniques sur une courte période. Un message sur le répondeur ainsi qu’un message écrit suffisent à signaler votre sollicitation. Une maladresse dans la prise de contact (un effet de harcèlement téléphonique par exemple) pourrait refroidir votre interlocuteur et empêcher le bon déroulement d’une collaboration future. A titre personnel, je ne vous en tiens pas rigueur, voyez : je vous ai répondu.

(1) The Queen Is Dead Records accompagne les musiciens pendant les phases de production de leur musique, et n’agit pas pour la promotion des musiciens qui ont déjà produit leur musique, et garde une action limitée pour ces artistes en matière de marketing et communication. The Queen Is Dead Records est un label indépendant pour artistes indépendants, format non-conventionnel mais qui s’inscrit dans une logique de « musicien DIY » qui est l’entrepreneur de sa propre musique plutôt que le produit d’une maison de disque.

Bon courage à tous.

L.A

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Collectif, Label

THE BURMESE DAYS – La grande dépression qui a pris du temps

The Burmese Days a sorti un album le 20 décembre 2021, « The Great Depression of Sutra », et a sorti « It Took Time » le 29 août 2022, qui n’est pas vraiment la suite du premier, mais une sorte d’extension écourtée enrichie.

Le 20 décembre dernier, une encyclopédie poétique narrative apocalyptique voyait le jour, « The Great Depression of Sutra ». 7 titres « seulement », mais le dernier morceau, qui dure 30 minutes, représente à lui tout seul la deuxième moitié de l’album.


Le dernier morceau a été découpé : non seulement en 5 morceaux distincts, mais aussi dans son titre, puis que le morceau « It Took Time to Understand That You’re the Most Important Thing in My Life » devient l’album « It Took Time ».


(Re) sortir ces morceaux après l’album était l’occasion d’ajouter des petits bonus à valeur symbolique et sentimentale, à savoir des premières versions de ces mêmes morceaux datant de 2020. Des premières captations « maison » ou des lives.


Avant ce voyage dans le passé, il y a également deux crossovers : une reprise d’Ari Birgisson et un remix de Blue Chill. Le remix de Blue Chill reprend quelques éléments de la version d’origine, et y ajoute des guitares, plein de guitares comme d’habitude.


La reprise d’Ari Birgisson s’inspire de la plaine du Þingvellir qui est elle-même une dépression correspondant à un graben résultant de l’ouverture de la lithosphère océanique le long de la dorsale médio-atlantique, à la frontière entre les plaques tectoniques nord-américaine et eurasienne. Une description de Wikipedia qui n’est pas sans rappeler l’album, la source, « The Great Depression of Sutra« . De cette reprise résulte également une vidéo.


Et maintenant ?
The Burmese Days sort actuellement des versions live de ses morceaux, et en est, à l’heure où j’écris ces lignes, à deux morceaux publiés sur Youtube. La liste va s’allonger dans les semaines à venir, et seront ajoutés au fur et à mesure à cette playlist.


Enfin, The Burmese Days sera en concert prochainement, notamment à la JIMI le 8 octobre 2022, 3 ans après notre première rencontre. J’étais tombé amoureux de leur single « Fermi Paradox » et de leur univers graphique également, et j’ai alors su que nous étions faits pour réaliser de grandes choses.
Ça y est, on est dans le futur : on a fait encore mieux que ce à quoi je m’attendais. 🙂


Pour suivre l’actualité de tout ce beau monde, sur Instagram vous retrouverez :
The Burmese Days
Blue Chill
Ari Birgisson
The Queen Is Dead Records
Elon Musk


Pour d’autres infos ou liens : thequeenisdeadrecords.com


L.A.

Label, Non classé, Témoignage

TQID#34 / « Back in NYC » – Genesis

La 34ème reprise du mois est probablement l’un des morceaux les plus difficiles à chanter, et l’une des musiques les plus difficiles à jouer. Pour accompagner la voix dIves Astorelly, j’ai demandé à Dr Olive de m’aider. Il me fallait un docteur pour réaliser cette reprise chirurgicale… #RiresEnregistrés

« Back in NYC » n’est pas un morceau de Genesis, mais de Genesis. Je m’explique : le grand public connaît Genesis par des tubes tels que « Another Day in Paradise » ou « I Can’t Dance », sur lequel je me souviens clairement avoir dansé la chorégraphie aldo-maccionesque dans ma chambre, en 1991. Mais ce Genesis-là, c’est du Phil Collins. Je n’ai pas dit « de la m… », mais du Phil Collins. Un gars a priori sympa mais tout de même capable de chanter des fadaises sur des mélodies pauvrettes. Ok, il le fait avec une telle sincérité (naïveté ?) que finalement on ne lui en veut pas trop.

Mes parents n’ont jamais été des mélomanes au point de vouloir m’imposer leurs goûts, ou même me présenter ce qui était selon eux « la vraie bonne musique ». Je me souviens surtout de Daniel Balavoine, qui me semble avoir tourné en boucle dans le salon vers la fin des années 80, jusqu’au milieu des années 95. Hormis Daniel, il y a eu peu de conditionnement. Ma première expérience avec Genesis, c’était la cassette dans l’autoradio de la voiture de mon père lors d’un long trajet de Bretagne jusqu’à chez ma grand-mère dans l’Essonne, en 1989 ou 1990 je crois. Il n’avait rien dit, j’avais juste vu « Genesis » sur la cassette, il n’avait fait aucun prosélytisme. Je me souviens clairement de ce que j’ai pensé à la première écoute : « l’ambiance est bizarre ». Des trucs clairement expérimentaux et inaudibles pour la plupart des gens, mais certainement pas « nuls ». Un côté joueur mais complexe, mais joueur, mais complexe, à la Zappa en quelque sorte. Mais là je parle de l’époque de Peter Gabriel, ne nous méprenons pas. Phil Collins est un popeux mainstream mignon qui a toujours fait de la musique pour les gens peu pointus (il n’a rien inventé). Peter Gabriel, en plus d’être un vrai chanteur épique, et fou, était manifestement à l’initiative de compositions de rock progressif à l’apparence déstructurée. Génial pour ceux qui ont la patience, chiant pour les mainstreameux.

J’ai redécouvert Genesis, et plus particulièrement « Back in NYC », grâce à la reprise de Jeff Buckley qui figure dans « Sketches for my Sweetheart the Drunk », un album post-mortem sorti presque un an jour pour jour après sa mort, fin mai 1998. Mmmmh quel bon goût ! M’enfin, outre ce cynisme mercantile, cet album composé de deux CD est une mine d’or pour tout fan du bellâtre (je plaide coupable) (je suis fan du bellâtre) (et j’ai blasphémé avec le mot « bellâtre »). Sa version enregistrée sur un simple enregistreur quatre pistes est folle, et démontre sa maîtrise guitaristique, sa créativité et son talent musical sans commune mesure. Oui je suis fan du mec, mais si tu écoutais plutôt, au lieu de te moquer :

La reprise de Jeff m’a ensuite conduit évidemment à la version originale, et là j’ai complètement adoré. Il y avait des exceptions rythmiques, des arrangements bizarres, un piano simple mais jouissif… Je ne connais pas grand monde qui se serait frotté à une reprise de ce calibre. Tant vocalement qu’instrumentalement. D’ailleurs, c’est ce que j’avais annoncé à Ives l’été dernier, quand on a enregistré sa voix (avec un simple point de repère tonal, sans les arrangements finaux) : je comptais sur Dr Olive pour faire le plus gros du travail, je ne commencerais rien sans lui. Et, malgré son manque cruel de temps,  j’ai eu des pistes en or massif de sa part. Si j’avais dû faire toutes les pistes instru moi-même, j’aurais été trop fatigué pour y voir clair pour les arrangements et le mixage. Merci infiniment à lui ! Pour quelques pistes de Roli (le grand classique de 2018) et surtout la caisse claire pop qui vient briser la signature rythmique originale, je plaide coupable (c’est mon expression du jour). Pardon au docteur d’avoir zigouillé son intention originelle, mais j’assume (quel enfoiré je suis).
En 2019, Dr Olive sortira un album qui mijote depuis plusieurs années. Le docteur est un perfectionniste, et il aime les machines et les expérimentations pink-floydiennes, c’est pas du fast food musical. Sur son Soundcloud, il classe sa musique dans le style « neo kraut ambient prog ». Sur son Bandcamp, on peut tout écouter pour vérifier. Oui, à un moment t’as juste plus les mots pour expliquer ce que tu fais, tu fais écouter aux gens et c’est tout de suite plus clair :

https://soundcloud.com/27olivier/germanium-2018

Dès qu’il y aura du neuf pour Dr Olive, on vous fera signe. Idem avec Ives qui a enregistré ses premiers morceaux il y a quelques semaines, et qui a des choses prévues en 2019. Suivez-les sur Facebook, mangez 3 fruits et légumes par jour, ayez une activité physique régulière et dormez la nuit.

Retrouvez « Back in NYC » sur Bandcamp et Soundcloud.

E.C.