Label, Non classé, Témoignage

TQID#34 / « Back in NYC » – Genesis

La 34ème reprise du mois est probablement l’un des morceaux les plus difficiles à chanter, et l’une des musiques les plus difficiles à jouer. Pour accompagner la voix dIves Astorelly, j’ai demandé à Dr Olive de m’aider. Il me fallait un docteur pour réaliser cette reprise chirurgicale… #RiresEnregistrés

« Back in NYC » n’est pas un morceau de Genesis, mais de Genesis. Je m’explique : le grand public connaît Genesis par des tubes tels que « Another Day in Paradise » ou « I Can’t Dance », sur lequel je me souviens clairement avoir dansé la chorégraphie aldo-maccionesque dans ma chambre, en 1991. Mais ce Genesis-là, c’est du Phil Collins. Je n’ai pas dit « de la m… », mais du Phil Collins. Un gars a priori sympa mais tout de même capable de chanter des fadaises sur des mélodies pauvrettes. Ok, il le fait avec une telle sincérité (naïveté ?) que finalement on ne lui en veut pas trop.

Mes parents n’ont jamais été des mélomanes au point de vouloir m’imposer leurs goûts, ou même me présenter ce qui était selon eux « la vraie bonne musique ». Je me souviens surtout de Daniel Balavoine, qui me semble avoir tourné en boucle dans le salon vers la fin des années 80, jusqu’au milieu des années 95. Hormis Daniel, il y a eu peu de conditionnement. Ma première expérience avec Genesis, c’était la cassette dans l’autoradio de la voiture de mon père lors d’un long trajet de Bretagne jusqu’à chez ma grand-mère dans l’Essonne, en 1989 ou 1990 je crois. Il n’avait rien dit, j’avais juste vu « Genesis » sur la cassette, il n’avait fait aucun prosélytisme. Je me souviens clairement de ce que j’ai pensé à la première écoute : « l’ambiance est bizarre ». Des trucs clairement expérimentaux et inaudibles pour la plupart des gens, mais certainement pas « nuls ». Un côté joueur mais complexe, mais joueur, mais complexe, à la Zappa en quelque sorte. Mais là je parle de l’époque de Peter Gabriel, ne nous méprenons pas. Phil Collins est un popeux mainstream mignon qui a toujours fait de la musique pour les gens peu pointus (il n’a rien inventé). Peter Gabriel, en plus d’être un vrai chanteur épique, et fou, était manifestement à l’initiative de compositions de rock progressif à l’apparence déstructurée. Génial pour ceux qui ont la patience, chiant pour les mainstreameux.

J’ai redécouvert Genesis, et plus particulièrement « Back in NYC », grâce à la reprise de Jeff Buckley qui figure dans « Sketches for my Sweetheart the Drunk », un album post-mortem sorti presque un an jour pour jour après sa mort, fin mai 1998. Mmmmh quel bon goût ! M’enfin, outre ce cynisme mercantile, cet album composé de deux CD est une mine d’or pour tout fan du bellâtre (je plaide coupable) (je suis fan du bellâtre) (et j’ai blasphémé avec le mot « bellâtre »). Sa version enregistrée sur un simple enregistreur quatre pistes est folle, et démontre sa maîtrise guitaristique, sa créativité et son talent musical sans commune mesure. Oui je suis fan du mec, mais si tu écoutais plutôt, au lieu de te moquer :

La reprise de Jeff m’a ensuite conduit évidemment à la version originale, et là j’ai complètement adoré. Il y avait des exceptions rythmiques, des arrangements bizarres, un piano simple mais jouissif… Je ne connais pas grand monde qui se serait frotté à une reprise de ce calibre. Tant vocalement qu’instrumentalement. D’ailleurs, c’est ce que j’avais annoncé à Ives l’été dernier, quand on a enregistré sa voix (avec un simple point de repère tonal, sans les arrangements finaux) : je comptais sur Dr Olive pour faire le plus gros du travail, je ne commencerais rien sans lui. Et, malgré son manque cruel de temps,  j’ai eu des pistes en or massif de sa part. Si j’avais dû faire toutes les pistes instru moi-même, j’aurais été trop fatigué pour y voir clair pour les arrangements et le mixage. Merci infiniment à lui ! Pour quelques pistes de Roli (le grand classique de 2018) et surtout la caisse claire pop qui vient briser la signature rythmique originale, je plaide coupable (c’est mon expression du jour). Pardon au docteur d’avoir zigouillé son intention originelle, mais j’assume (quel enfoiré je suis).
En 2019, Dr Olive sortira un album qui mijote depuis plusieurs années. Le docteur est un perfectionniste, et il aime les machines et les expérimentations pink-floydiennes, c’est pas du fast food musical. Sur son Soundcloud, il classe sa musique dans le style « neo kraut ambient prog ». Sur son Bandcamp, on peut tout écouter pour vérifier. Oui, à un moment t’as juste plus les mots pour expliquer ce que tu fais, tu fais écouter aux gens et c’est tout de suite plus clair :

https://soundcloud.com/27olivier/germanium-2018

Dès qu’il y aura du neuf pour Dr Olive, on vous fera signe. Idem avec Ives qui a enregistré ses premiers morceaux il y a quelques semaines, et qui a des choses prévues en 2019. Suivez-les sur Facebook, mangez 3 fruits et légumes par jour, ayez une activité physique régulière et dormez la nuit.

Retrouvez « Back in NYC » sur Bandcamp et Soundcloud.

E.C.

Label, Témoignage

Label indépendant : fantasme d’une posture ou vrai rôle ?

Logo du label The Queen Is Dead Records, conçu par la talentueuse Madows.

Le label indépendant, c’est la classe. D’office, c’est comme ça que ça sonne à vos oreilles, non ? Dans une maison de disque telle qu’on se l’imagine, le big boss, le producteur, le directeur artistique (peu importe l’intitulé de son poste), occupe un grand fauteuil en cuir. Les murs de son bureau sont couverts de pochettes d’albums sortis avec son label, de photos de lui serrant la main à des stars. Et les petits artistes s’enchaînent les uns derrière les autres devant lui, présentant leur musique gravée sur des CD vierges achetés au Casino en bas de chez eux, avec le doux espoir de devenir des stars. Le big boss est un peu chauve et complètement visionnaire car il fume le cigare des producteurs de musique. Il sait ce qui va cartonner.
Dans un label indépendant, c’est tout pareil, sauf que tout est plus petit : le bureau, les salaires, le cigare. Mais pas forcément la musique !
Voici en tout cas ma conception actuelle de ce que peut être un label, inspirée par mon expérience avec The Queen Is Dead Records. Chacun se constituera le label de ses rêves en fonction de ses inspi- et aspirations.

Le sens des mots

http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2014-02-0040-004

Étudions d’abord le mot « label », qui veut dire « étiquette » en français. Le label, c’est la caution, c’est un nom, un Nom auquel est associé de la musique, des valeurs. Le label regroupe, il fédère, il représente et cautionne ce qu’il « exploite commercialement », c’est-à-dire ce qu’il fait parvenir aux différents acteurs de la diffusion : institutions de distribution (magasins) ou de diffusion (radios, plateformes streaming). Bref, c’est cool.
Et puis « indépendant ». Autonome et sans tuteur (l’indépendance est de nature financière au départ, forcément), donc totalement responsable de ses actions, on exprime sa propre philosophie au travers de ses choix, sa communication, en toute liberté, comme un grand.
Un label indépendant, c’est donc une caution artistique qui diffuse de la musique avec sa propre ligne éditoriale, « comme un grand ». Les grands sont grands, seuls les petits font comme les grands. La différence entre les petits et les grands ? L’argent ! L’amour de l’art et la volonté de faire exister les choses déclenchent les vocations qui peuvent être refroidies par les problématiques économiques. Pour tenir un label, la passion est nécessaire, est-elle suffisante ? Pour ma part, c’est le besoin de gagner de l’expérience pour mieux réaliser ma musique en faisant de la musique pour d’autres, tout en organisant toutes mes réalisations musicales sous une seule bannière, qui a motivé ma création de The Queen Is Dead Records.

Un label : aider VS vampiriser

Une industrie en mutation (https://www.careersinmusic.com/music-industry-revenue)

Vouloir faire un label pour avoir un label, c’est purement masturbatoire, on est d’accord. Il faut avoir un projet, un rêve, voir plus grand que son ego. Pourquoi un artiste passerait par un label plutôt que continuer à faire son chemin tout seul ?
En théorie, un label aide, ce n’est pas une sangsue qui vient gratter quelques euros en parasitant un artiste qui génère de l’attention (c’est un modèle économique tentant bien sûr). Un label ne se contente pas de récolter ce que les artistes sèment, il aide à la réalisation artistique (direction artistique, production musicale) et travaille à sa diffusion (pressage de CD, distribution digitale sur les plateformes streaming) et son développement (placement d’artistes en concert, partenariats avec d’autres artistes ou enseignes). On peut retrouver une liste détaillée des tâches d’un label ici.
Jusqu’aux années 90, tous les petits groupes voulaient signer un contrat avec une grande maison de disque, c’était le modèle économique de l’époque, et la seule façon de réaliser un album, un disque. Le modèle a changé. David Byrne a même écrit un livre sur le sujet. Aujourd’hui, on peut tout faire soi-même, en dehors des maisons de disque, les ventes physiques chutent et publier sa musique en streaming semble être devenu la base, et c’est accessible à tous.
On peut tout faire soi-même, la prod aussi, et d’ailleurs seuls les gros groupes qui s’autoproduisent intéressent les maisons de disques. Ils sont déjà prêts, formatés pour être vendus, il n’y a plus qu’à récolter, et faire l’effort marketing dans la communication pour élargir une base de public déjà existante. Il n’y a pas vraiment de prises de risques économiques (on peut toujours se planter quand même), de gros paris artistiques. Les investissements doivent impérativement générer des revenus et il faut assurer le coup, d’autant que la crise du disque a réduit la marge de manœuvre de l’industrie musicale.
Avec Martin Leyne, on a fait presser des CD, en acceptant l’idée de peut-être ne pas tout vendre pour faire un bénéfice, voire même ne pas récupérer l’argent misé. Avoir cette existence physique permet à sa musique de se frayer un chemin autrement qu’avec les plateformes streaming. Le savoir-faire traditionnel des maisons de disque est mis à rude épreuve. Aujourd’hui, comment un label peut-il aider un artiste ou un groupe à faire ce qu’il ne peut pas faire seul ?

Investir de l’argent

Oui, mais pas trop. On n’est pas Nestlé. Un label indé c’est pauvre (tout est relatif). Il ne faut pas couler en misant tout sur un artiste, mais il faut accepter que cet argent pourrait être définitivement perdu ! S’il s’agit de son argent personnel (aoutch), il ne faut pas être à 20 euros près… S’il s’agit de l’argent d’investisseurs, de mécènes, de partenaires, il va falloir être prêt à justifier les dépenses. Un label pauvre peut être un label futé et riche humainement. Même sans beaucoup d’argent, on peut être débrouillard et trouver les meilleures affaires pour « dépenser malin » (je crois que je tiens cette expression d’une pub radio des années 90) en matière de studio pour l’enregistrement/mixage/mastering, pour la distribution physique/numérique, la communication, un graphiste, une boîte de pressage ou des produits dérivés.
Pour The Queen Is Dead Records, l’investissement majeur va dans le matériel de studio (être in studio-label fait chuter les coûts !), pour gagner en qualité et confort et donc en rapidité dans la production, et donc diffuser au final une musique conforme aux attentes de tout le monde. Ce sera peut-être amorti financièrement un jour, mais en attendant c’est utile pour chaque ouvrage musical, pour obtenir des résultats à chaque fois meilleurs, et en toujours moins de temps.
Quand on a ses contacts, certains peuvent devenir membres de « la mifa » et on peut régler plus vite certaines choses avec des partenaires fiables. Par exemple, pour le graphisme, même si je ne suis pas fermé à d’autres collaborations, mon choix numéro 1 est Madows. Pour ce qui est du pressage, le meilleur rapport qualité/prix pour moi est Confliktarts.

Avancer de l’argent

https://www.numerama.com/magazine/5547-la-poule-vend-100000-disques-chez-sony-et-se-retrouve-au-rmi.html

Oui, mais pas trop. On n’est pas Nestlé. Un label indé, c’est pauvre. Si vous avez un peu d’argent au point d’avoir un peu d’air, de marge de manœuvre (Philippe), vous pouvez en prêter pour gagner du temps dans certaines étapes de production. Le compromis le plus répandu dans le bizness, c’est la fameuse « avance » : la maison de disques fait un chèque d’une grosse somme d’argent au groupe, et le groupe utilise l’argent pour réaliser l’album, puis se débrouille pour rendre l’argent sous une certaine période. Les ventes de l’EP/album rembourseront les frais de production. Si ces frais ont débordé le budget, ce sont les royalties (revenus de l’artiste) qui serviront à rembourser la maison de disque. Les revenus de l’artiste seront prélevés à la source, donc l’artiste ne percevra rien, pour payer au label la différence entre l’avance et le coût réel. C’est ce qui est arrivé à plusieurs artistes, dont le trio TLC.
D’un côté, la maison de disques paye pour que l’artiste fasse un disque rentable dans le but de faire plein de ventes sur lesquelles elle se fera de l’argent. De l’autre côté, l’artiste sera content de voir son projet aboutir, il accepte le deal parce qu’aucune banque n’aurait pu fournir tout cet argent à l’artiste. Je ne parle pas des musiciens dont le but est de gagner de l’argent avec leur album, je ne connais pas et ne fréquente pas de personnes de ce profil (que je ne juge pas, soyons clairs). Je ne connais que des gens pour qui la finalité est d’abord artistique : réaliser leur album et pouvoir continuer à faire de la musique (l’argent comme moyen et non comme but).
Mais ce modèle économique est de moins en moins viable, car on ne peut plus véritablement prévoir un nombre de ventes précis. Ou alors, si on en prévoit un, les estimations sont toujours basses, donc décourageantes… « Finalement on ne va faire que du streaming, ça coûte moins cher hein ». Le CD pourra être bradé ou donné, et servir finalement la cause promotionnelle, pour faire parler de l’artiste et du label. C’est le meilleur recyclage possible pour des invendus, mais la « perte » d’argent (un investissement est une forme de perte) est notable.

L’argent VS l’art

L’art triomphera-t-il de l’argent ?

Il ne faut pas oublier que le premier but d’une entreprise est d’être rentable, pas d’exister pour le plaisir. Une maison de disques n’a évidemment rien contre l’idée de travailler avec des artistes géniaux. Mais, si l’on veut produire un artiste génial qui n’est pas rentable, il se peut que ce soit le dernier artiste du label… avant de mettre la clé sous la porte ! Au format associatif, l’art peut passer devant l’argent, le résultat avant l’argent qu’il pourrait générer, grâce à divers financements possibles des collectivités locales, des dons, ou même son propre argent personnel.
Dans le cas d’un petit label, l’artiste mettra aussi de l’argent de sa poche, le label aidera autant que possible pour aider à la réalisation du projet, dans la mesure de ses moyens. Le label ne peut pas forcément financer 100% du projet, il faut garder un peu de son budget pour les autres projets aussi.
Avancer quelques dizaines/centaines d’euros pour le graphisme ou le pressage, si l’artiste est pauvre, ça se fait, et je n’y vois aucun problème. Tant qu’il y a la confiance. Et puis, évidemment,  à quoi bon avoir un projet commun s’il n’y a pas la confiance ?

Utiliser ses compétences

Alicia Proton, qui enregistre chez TQIDr pour la reprise du mois d’avril 2018 (https://thequeenisdeadrecords.com/materiel)

On peut investir de l’argent, et le temps c’est de l’argent, donc le temps est une valeur qui peut servir de levier. Du temps pour faire quoi ? Pour utiliser (et développer) des compétences : édition, production, enregistrement, arrangement, coaching, mixage, mastering, accompagnement, démarcharge…
Avoir un savoir-faire et du matériel permet de ne pas faire appel à un prestataire externe. Chez The Queen Is Dead Records, à part des batteries acoustiques qu’il faut enregistrer ailleurs, on peut tout enregistrer. On peut négocier avec soi-même plus facilement qu’avec un professionnel tiers, on peut prendre sur soi et faire des efforts qu’on ne demanderait pas à quelqu’un d’autre ou qu’il refuserait de faire. Dans le monde traditionnel de l’entreprise, on peut se sentir exploité par un supérieur hiérarchique, mais il me semble que le pire bourreau sur lequel on pourrait tomber reste soi-même, puisqu’on ôte toute possibilité de discernement, en cumulant ce rôle et celui de l’esclave. Gare au burn-out qu’on s’imposerait pour gagner du temps ou de l’argent !
La compétence intrinsèque d’un label c’est aussi surtout de rassembler des artistes, et donc de facto d’apposer sa caution sur ceux qui ont intégré le label. Les labels les plus connus sont les labels au catalogue le mieux fourni quantitativement et qualitativement, et donc qui offrent le plus de visibilité aux artistes. Ceux qui estiment qu’un catalogue a une bonne visibilité ou de la qualité, ou les deux, voudront l’intégrer au lieu de rester seuls (sans risquer de perdre leur indépendance artistique, l’indépendance restant un impératif pour tous les acteurs d’un label indépendant). On peut ainsi mutualiser les publics, pour que ceux qui suivent un artiste entendent parler des autres du même label.

Gagner de l’argent ?

Différence de rétribution selon la plateforme streaming (https://www.digitalmusicnews.com/2017/07/24/what-streaming-music-services-pay-updated-for-2017/)

Le streaming légal paye très peu. Avec les artistes de The Queen Is Dead Records, je suis très heureux que le streaming génère entre 5 et 10 euros par mois !
Le modèle que je propose, c’est que je réalise leur musique à un coût avantageux (l’autonégociation optimale), puisque The Queen Is Dead Records est à la fois un label et un studio, ce qui simplifie beaucoup de choses. Les artistes gardent les bénéfices des ventes physiques, et je garde les revenus (microscopiques) du streaming.
Vous pouvez obtenir des dons avec des cagnottes de crowdfunding, comme pour nous ici. Pour vendre des mugs ou des stylos, il faut investir dans un premier temps (sauf si vous savez fabriquer tout ça vous-mêmes avec des matériaux trouvés dans une décharge). Pour la vente de musique en elle-même, tout dépend de l’accord convenu avec vos artistes (voir rubrique « le contrat » ci-dessous).
Une association est toujours à but non-lucratif. Tu dois donc t’arranger pour perdre de l’argent. Non, je plaisante. L’asso qui réalise des bénéfices n’est pas hors-la-loi. Le but n’est juste pas de gagner de l’argent, mais ça peut être la conséquence d’une activité. L’argent reste juste dans l’asso pour investir dans d’autres projets, l’argent ne doit tomber dans aucune poche personnelle.

Le statut juridique

https://www.associations.gouv.fr/la-loi-du-1er-juillet-1901-et-la-liberte-d-association.html

Un numéro de SIRET n’est pas toujours nécessaire. Pour le streaming, par exemple, mon contrat avec le distributeur digital est nominatif, en tant que moi-même et pas mon label. En théorie, tout ce qu’un label fait, un artiste seul peut le faire aussi. Pour rédiger une facture, par contre, il faut un numéro de SIRET, donc une forme juridique.
Le statut d’auto-entrepreneur vous fera payer une taxe sur votre chiffre d’affaire, pas vos bénéfices. Aïe. Quand on démarre, et quand on est petit, le moindre euro compte pour l’investissement.
Le statut associatif vous empêche de gagner de l’argent pour vous payer vos vacances, voire votre loyer, car tout doit rester dans les caisses de l’association, c’est une forme juridique à but non-lucratif. Mais l’avantage de cette configuration, c’est que vous pourrez cadrer vos mouvements d’argent et investir l’argent du label dans du matériel et des prestations sans avoir à utiliser votre argent personnel. L’argent de la musique qui finance la musique, c’est pas mal ça !
Encore faut-il gagner de l’argent avec son label. Avant de penser à un statut juridique, pensez d’abord à votre activité, vos actions. Tant que vous ne brassez pas des milliers d’euros, il peut sembler un peu prématuré (voire présomptueux) de songer à un statut autre qu’associatif. Néanmoins, si vous avez un plan, un réseau, des moyens, et des certitudes, tout est possible !

Apportez quelque chose

La crise de la musique enregistrée (https://archinfo24.hypotheses.org/1773)

Pourquoi vous voulez un label déjà ? Pour gagner de l’argent, il y a mieux. Avoir un label indépendant, ça relève d’un certain militantisme, d’une passion altruiste pour la musique des autres. L’argent importe peu, allons…
Quand on est un petit label, on passe son temps à courir après le 0. La rentabilité d’un investissement se limitant au final à 0 perte, avec comme gain l’existence d’un projet musical. Faire un profit financier serait miraculeux. Et sans existence physique, c’est purement impossible en ne comptant que sur le streaming. Le physique, c’est du CD, mais les concerts (du spectacle vivant, un autre aspect du physique) sont aussi un bon moyen de récolter de l’argent pour le groupe. C’est d’ailleurs la seule courbe montante des graphiques de rentrées d’argent pour les artistes.
Pour le label, par quelle action pourrait-on générer des revenus ? Par du booking, en prenant un pourcentage du cachet de concert. En prenant une part du gain de l’artiste que lui-même trouverait justifiée. Si vous n’apportez aucune plus-value à l’artiste, attention, vous allez être un parasite ! Il vaut mieux passer son tour et laisser ceux qui savent gérer des projets trop ambitieux pour sa structure.
Ce que j’apporte, avec The Queen is Dead Record, c’est mon impératif de réalisation, même si cela peut être éreintant physiquement, c’est apaisant émotionnellement. Il y a quelques années, j’ai travaillé en tant qu’assistant administratif et conseiller commercial pour un centre de formation en Angleterre. On m’avait fait passer un test de personnalité pour déterminer mon profil. Le résultat était que j’avais le profil d’un réalisateur. Je qualifierais ça de « faiseur forcené ». Quand quelqu’un doute de la faisabilité de son projet, il faut l’emmener immédiatement dans un processus de réalisation, pour que son inaction ne génère pas de pensées négatives qui créeront un immobilisme, donc une frustration. Il est très important que les choses se fassent, que les préambules d’excuses cessent, et que la mise en oeuvre de moyens démarre, même si la méthodologie employée n’est pas parfaite. Tout ce qui est imparfait est perfectible par l’expérience.
Ma position, c’est de faire en sorte de réaliser à tout prix le projet musical de l’artiste, d’être celui qui non seulement rend possible la concrétisation d’un projet, mais aussi qui rend possible ce projet avec une forme aboutie aussi ambitieuse que dans l’imaginaire de l’artiste. Je veux réaliser ce qui semble irréaliste, ce qui (je crois) n’aurait jamais existé sans mon intervention. Ma ligne éditoriale est simple : les beaux projets artistiques désespérés, faire grand avec peu. Voilà mon défi technique, artistique et humain.

La relation avec artiste

Martin Leyne, artiste TQIDr (https://thequeenisdeadrecords.com/martin-leyne)

La relation label-artiste est une relation de confiance, de partenariat. Les deux partis doivent en tirer une satisfaction. L’artiste veut que sa musique existe, le label veut aider à la réalisation d’un projet qui correspond à ses goûts. Si l’argent est un paramètre, les deux partis peuvent chercher à perdre le moins possible ou gagner le plus possible. Peu importe la perspective, les objectifs doivent être équitables pour que personne n’abuse, n’exploite l’autre. Si le groupe de ton label vend énormément de CD, il faudrait que tu y sois pour quelque chose si tu veux en toucher un dividende.
Un label peut investir beaucoup d’argent dans de la communication. L’argent appelle l’argent… mais pas toujours, on peut aussi se planter ! En tout cas, sans investir beaucoup, je ne vois pas comment on pourrait gagner au moins autant (pour arriver à rentrer dans ses frais), voire faire un profit. Qui investit peu gagnera peu. Qui investit beaucoup peut perdre beaucoup. Il me semble. Un label indépendant n’est pas une multinationale avec un réseau surdéveloppé et hyper réactif. La compensation à ce manque de puissance institutionnelle, ce sera l’huile de coude et les bonnes idées.
On a besoin de toutes les mains, de tous les cerveaux. Ce n’est pas qu’au label de bouger. L’artiste peut mettre la main à la pâte pour être son propre community manager, trouver des partenaires pour réaliser des clips vidéo, chercher des lieux de concerts… Au lieu de blâmer le manque d’argent pour (se) trouver des excuses, on peut utiliser deux types d’énergie : l’intelligence collaborative pour générer de nouvelles approches et l’amour sincère de son projet pour le faire vivre, le porter, le développer de toutes ses forces, et conquérir le cœur des gens aussi, parce qu’on a toujours besoin de davantage de mains tendues quand on est un petit label indépendant.
Martin Leyne, artiste de The Queen Is Dead Records, ne compte pas que sur The Queen Is Dead Records. Il s’aide, et donc en quelque sorte m’aide à l’aider, et nous nous aidons à avancer, car son projet musical est devenu, dès la première minute, également celui du label. Ses buts recoupent les miens, et tout le monde progresse en même temps. La collaboration parfaite ! En attendant qu’il signe chez Universal… Même si je doute qu’il soit véritablement gagnant de fréquenter une maison pareille mais là je suis en train de prêcher pour ma paroisse, donc je cesse immédiatement  !

Le contrat

Faust et Mephistophélès (https://philitt.fr/2014/06/11/faust-de-goethe-surhomme-et-esprit-de-neant/)

Un contrat, ce n’est pas fait pour se protéger de quelqu’un de malhonnête. Si on n’a pas confiance en quelqu’un, on ne fait pas de bizness avec lui. Vous faites confiance en quelqu’un ? Faites un contrat ! Si un jour il y a un souci, vous vous rendrez compte que la parole orale, c’est du vent. Entre les souvenirs flous et les oublis, ça peut finir en accusations de mensonge et de manipulation, de vol. Si c’est écrit, c’est mieux. Un contrat n’empêche personne d’être malhonnête, il permet seulement à deux personnes honnêtes de pouvoir le rester sans avoir besoin de trop réfléchir à des choses implicites ou supposées, ce qui pourrait pourrir la relation. Un contrat, c’est une liste des engagements mutuels qui sont proposés, discutés, puis validés. C’est pratique pour relire, après quelques mois, tout ce sur quoi on s’était mis d’accord.
Un label/manager ne peut imaginer que toucher un pourcentage raisonnable d’un profit réalisé par l’artiste. Si vous prenez une trop grande part, l’artiste va juste faire se mettre en grève (s’il est français), faire ses bagages, ou ruiner votre réputation (c’est le pire qui pourrait arriver). Ne soyez pas un parasite ! En même temps, si l’artiste change d’avis sur la répartition des gains décidée dans le contrat, il faut en reparler, renégocier, et comprendre que, si tout le monde s’est mis en marche pour réaliser un projet, c’était sous certaines conditions.
Attention donc aussi aux contrats très contraignants que l’on s’empresserait de signer, grisés par la joie de … signer ! Petits labels comme artistes, n’acceptez pas tout au nom de ce que votre signature représente dans votre imaginaire. Lire les contrats, c’est so overrated. Peut-être faut-il commettre des erreurs pour apprendre… Si tu es fan de TLC, ou de « la Poule » (ça doit exister, les fans de « la Poule »), tu as quand même appris une leçon sans t’être toi-même cassé les dents. N’empêche, l’argent permet beaucoup mais gâche aussi beaucoup de choses. A moins que l’argent ne soit pas la cause de problèmes, mais juste l’humain le seul fautif…

Des CD mais pas de CDD

C’est bon et pas cher. Les premiers prix de marque Casino ou Monoprix aussi.

Oubliez ces idées tout de suite. Un artiste n’est pas un salarié de label. C’est même presque l’inverse,  comme si – je schématise presque jusqu’à l’absurde – le label était en quelque sorte le salarié de l’artiste, puisque c’est l’artiste qui va payer le label avec ce que lui gagne. On peut aussi considérer que, comme un ouvrier, c’est l’artiste qui fabrique le produit, vendu par l’employeur, et c’est à ce moment l’ouvrier qui récupère sa part. Mais une part qui n’est pas forcément indexée sur les bénéfices. C’est à ça que servent les contrats de format CDD/CDI : protéger le salarié en lui assurant un salaire mensuel fixe, peu importe le bénéfice de la société. La puissance économique d’un petit label indépendant ne permet pas de promettre un salaire inconditionnel. Ce sera donc des revenus proportionnels aux gains générés. Ou, si on prend la perspective opposée, des pertes équitables entre l’artiste et le label !
C’est la raison pour laquelle il faudra ne manger que des pâtes, ou alors avoir un job à côté (l’enseignement de la musique est un incontournable). Et je parle autant aux artistes qu’à ceux qui veulent jouer les Dr Frankenstein en montant leur label indépendant. Avoir un job à côté permet de conserver une liberté, une indépendance qui permet à l’art de rester la priorité. Si le but devient la viabilité économique, il faudra faire des choix difficiles. Des choix pragmatiques basés sur l’économique et non pas l’artistique. Quel crève-coeur ce serait que ce bel album de cet artiste fantastique ne puisse jamais voir le jour… Tout a un prix. Payez-le si c’est vraiment le sens de votre vie. Mais utilisez votre tête pour ne pas vous saigner totalement non plus. Qui veut aller loin ménage son compte bancaire.

TQIDr, modèle économique d’un studiolabel

Studio de The Queen Is Dead Records.

Le mode d’activité de The Queen Is Dead Records est le suivant : ne font partie du label que des artistes dont j’ai réalisé moi-même l’album ou l’EP. Pour l’instant le label n’a pas le profil de passeur de musique puisque sa plus-value ne consiste pas en la diffusion et la propagation de la musique. Le label, c’est uniquement moi, et je ne peux pas couvrir tous les terrains. Ma plus-value la plus intéressante repose sur mon savoir-faire en matière de production à des prix abordables pour ceux qui jugent le studio trop onéreux. Du coup le contrat porte avant tout sur la production de leur musique (enregistrement + mixage, ou juste mixage si les pistes enregistrées par l’artiste me semblent exploitables).
J’ai un distributeur digital qui permet de diffuser en streaming sans surcoût (pas de frais supplémentaires dans la facture de production). Mais c’est à l’artiste de gérer le pressage, si besoin. Je rogne tellement les coûts de production que, d’une certaine manière, je finance le pressage en laissant un peu plus de budget que si je facturais le coût réel de la production.
A titre personnel, je ne crois plus au format physique traditionnel. Je réfléchis à des formats alternatifs. Le CD appartient au passé (même si je suis un sentimental et j’adore l’aventure d’en faire presser). La cassette audio est totalement subversive et punk, et j’aime ça, mais c’est un format illisible car il n’y a plus de lecteurs adaptées dans les foyers en 2018. Le vinyle est un beau format mais qui coûte très cher à fabriquer, d’autant plus que le vinyle n’est pas vraiment un support d’écoute mais a davantage une valeur symbolique et décorative. D’ailleurs, non, ce n’est pas « le retour du vinyle ».
La musique s’étant dématérialisée dans son mode de consommation au quotidien, l’histoire n’est pas réglée pour autant, car ensuite se pose la question des modalités d’accès numérique à cette musique : streaming ou téléchargement, gratuit ou payant, Bandcamp ou Spotify. C’est un peu triste tout ça, je suis d’accord.

L’ouïe autant que la vue

L’avantage du vinyle, c’est de proposer un visuel en grand format, affichable sous cadre, accrochable à un mur. J’en achète sans les déballer, juste pour le plaisir d’avoir de « la musique à regarder » avec une belle image (ou, tout du moins une image fidèle au contenu). Chez The Queen Is Dead Records, au niveau des photos et des visuels, tout comme pour la musique que je réalise, c’est un travail collectif et c’est mon rôle d’aider l’artiste à trouver des idées, des solutions, des moyens suffisants et de valider les décisions prises avec lui. C’est injuste mais, dans 99% des cas, l’image est le premier stimulus musical qui arrive aux gens, la première information perçue. Sur internet, littéralement saturé d’images, il faut se démarquer… d’une bonne façon. L’image doit rappeler, compléter, enrichir la musique. Ce n’est pas une formalité, c’est une facette déterminante de la musique. Même pour ceux qui ont déjà une fanbase, cette étape ne doit pas être bâclée ou considérée comme accessoire, et être réfléchie une fois que 100% du budget a été attribué pour la musique elle-même.

Chaque label a son modèle économique, indexé sur son type d’activité. Certains sont des catalogues réunissant des artistes du même genre. D’autres mettent un peu plus la main à la pâte et on un profil de réalisateur. Alors ils portent l’appellation de producteur phonographique. Si on ne trouve pas ce que l’on cherche, il faut le fabriquer soi-même. The Queen Is Dead Records est le label que j’aurais aimé trouver sur mon chemin. J’aide les artistes à utiliser tout leur potentiel réel, le développer, exprimer leurs univers. Et tout ce que je fais pour les autres m’aide à progresser moi-même pour ma propre musique (Blue Chill).
Il est difficile de lancer son propre modèle, seul contre/parmi tous. Mais il y a un côté pionnier assez grisant. Je pense qu’il ne faut pas se comparer aux autres, il faut faire ce qu’on sait faire, et ce qu’on veut faire, sans rougir de son ambition. Si on estime être sur le meilleur chemin, même hors des sentiers battus, alors c’est que ça a du sens. C’est bien, quand on voit du sens dans ce que l’on fait.

« Le jour où un label s’intéressera à vous, vous n’aurez plus besoin de label. »

Pour continuer avec une lecture intéressante, une interview du label Atelier Ciseaux, un petit label indépendant beaucoup plus grand que nous et à qui on ressemble un peu, par Brain Magazine.

E.C.

Label, Non classé, Project studio, Témoignage

TQID#26 / « Garota de Ipanema » – Toquinho & Vinicius de Moraes

La fin du mois approchait, il y avait eu des annulations d’enregistrements à cause de la neige qui avait bloqué les transports, c’était la panique, il n’y allait pas avoir de reprise du mois pour février. Mais à la roulette mentale morceaux / potos, j’ai tiré « Garota de Ipanema » et Thibault. Ce dernier a accepté de se prêter à un exercice triplement difficile : chanter, chanter en portugais, chanter en portugais sur une version bizarre d’un morceau qu’il fallait s’approprier.

Dans les années 60, Tom Jobim et Vinicius de Moraes ont l’habitude d’aller boire des verres de pina colada (*) au Veloso, un bar de Rio de Janeiro. En 1962, une jeune fille de 17 ans passe souvent devant le bar et a attiré l’attention des deux pina-coladés qui écrivent une chanson sur elle. Heloisa Eneida Menezes Pais Pinto, alias Helo Pinheiro. Elle habite à Ipanema, le quartier bling-bling de Rio. Vinicius en parle en ces termes : « le paradigme de la Carioca à l’état brut : une fille bronzée, entre la fleur et la sirène, pleine de lumière et de grâce mais avec un fond de tristesse, aussi portait-elle en elle, sur le chemin de la mer, le sentiment de ce qui passe, d’une beauté qui n’est pas seulement nôtre — c’est un don de la vie que son bel et mélancolique sac et ressac permanent. »
Wow. Lui il était amoureux.

(*) c'est une supposition, juste pour la blague

Depuis, la rue où vivait Helo a été renommée rue de Vinícius de Moraes, et le Veloso s’appelle aujourd’hui A Garota de Ipanema. Le mythe est validé. « The Girl from Ipanema » est la deuxième chanson la plus jouée dans le monde, juste derrière « Yesterday » des Beatles, tu te rends compte ? C’est devenu une sorte d’hymne, encore plus connu que le véritable hymne national du Brésil.
La grande première a eu lieu le 2 août 1962, à Copacabana. Tom Jobim (35 ans), Vinicius de Moraes (48 ans) et Joao Gilberto (31 ans), font le premier concert de bossa nova de l’Histoire dans le restaurant Au Bon Gourmet, accompagnés du groupe vocal Os Cariocas, Milton Banana à la batterie, et Octavio Bailly Jr à la contrebasse.

A l’origine, l’idée a pu naître dans leur cerveau grâce à « Dans mon île », chanson d’Henri Salvador sortie en 1958. A l’époque, Sergio Mendes, musicien brésilien du groupe Brasil ’66, aurait entendu Tom Jobim dire : « C’est ça qu’il faut faire, ralentir le tempo de la samba et mettre des belles mélodies« . Le grand Gilberto Gil en personne reconnaît qu’Henri Salvador « a été l’un des principaux chantres de la bossa nova ». Henri n’a donc pas fait que des chansons à la con !

Il y a eu plusieurs enregistrements de cette chanson, plus de 500 interprétations, dont celles d’Amy Winehouse, de Frank Sinatra, et de notre Sacha Distel national. Parmi toutes ces interprétations, c’est celle de Toquinho qui était la référence pour cette reprise du mois. Le côté sautillant des versions épicées de Toquinho m’a plus attiré que les versions lentes et flegmatiques d’un Joao Gilberto par exemple.
Donc, un peu comme Jeff Buckley qui n’avait pas véritablement repris la version originale de Hallelujah par Leonard Cohen mais la reprise de John Cale, je n’ai ici pas cité l’interprète original comme référence. La vraie première version studio du morceau était interprétée au chant par Joao Gilberto et Astrud Gilberto (et Stan Getz au saxophone, Antônio Carlos ‘Tom’ Jobim au piano, Sebastiao Neto à la basse et Milton Banana à la batterie).

Pour continuer sur la lancée du mois dernier, on a continué la contrainte stylistique d’utiliser des synthés, et pas de guitares. On a même carrément utilisé un clavier comme basse. Finalement, j’ai quand même utilisé une guitare, une stratocaster Mexicaine, couplée à une Howie de Menatone, achetée à Benjamin (à qui j’avais déjà acheté il y a quelques mois un extraordinaire ampli Fender Champ 25) et dotée d’un son extraordinaire. Mon Tonelab de Vox me donne des sons crunchy avec des textures granuleuses comme j’aime. Cette Howie me donne ce que le Tonelab ne peut pas me donner : des distorsions onctueuses et équilibrées, tranchantes et chaudes, réglables très subtilement. Franchement, j’ai enregistré avec les réglages que l’on voit sur la photo, et j’ai à peine retouché avec un EQ après, et un petit compresseur : en 15 secondes de traitement c’était déjà dans la boîte ! Plug and play and record, et c’est déjà prêt !

Thibault n’est pas un chanteur. Mais il sait siffler. Pour cette reprise, j’ai donc exploité sa compétence de siffleur, et je l’ai aussi poussé en dehors de sa zone de confort vocalement, et linguistiquement parlant aussi. En effet, on a opté pour un texte en V.O., en portugais. Aucun de nous deux ne parle portugais. Alors j’ai naïvement tapé « garota de ipanema phonétique » dans Gougle. Et on est tombé sur une vidéo d’un gars qui décompose phonétiquement chaque syllabe de chaque mot de la chanson !!! C’était trop facile, tout le travail était mâché, il n’y avait plus qu’à. Et Thibault l’a fait, sans douter. Merci et bravo à lui.

Petit aparté, aujourd’hui c’est la journée de la femme. Et, dans le paradigme musical, la femme qui est à mon sens la plus extraordinaire est Kimbra, la néozélandaise de 27 ans. J’ai eu la joie de la voir en concert à la Maroquinerie (à Paris) le 26 novembre dernier, et elle m’a terrassé. Sa générosité, sa sincérité, sa technique, sa folie, son sens de la démesure pour créer des atmosphères surréalistes, tout ça m’a mis à genoux. Son album sort le 20 avril prochain. Depuis son concert de la Maroquinerie, il ne se passe pas un jour sans que je n’écoute un des trois titres déjà disponibles qui figureront sur Primal Heart (« Top of the World »,  « Human », « Version of Me »).

Retrouvez « The Last Song » sur Bandcamp et Soundcloud.

E.C.