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TQID#21 / « Let Down » – Radiohead

Cette année, on a fêté les 20 ans de la sortie de l’album Ok Computer de Radiohead. J’avais l’embarras du choix dans le choix du titre, puisqu’il n’y a que des bombes dans cet album. Alors j’ai choisi l’un des morceaux les plus… confidentiels (tout est relatif). Ce mois-ci, c’est Angel Rei qui m’a fait l’honneur de prendre part à la reprise, avec sa trompette !

Radiohead n’a plus joué « Let Down » en concert pendant 10 ans. La chanson a dû être déçue (let down) (haha). Ils l’ont déterrée l’an dernier, pour le plus grand bonheur des fans. J’ai personnellement toujours adoré ce morceau, dès la première écoute. C’est une sorte de brit pop accessible et un peu intello à la fois, pour ceux qui sont attentifs. Thom Yorke raconte que son inspiration a démarré avec une vision d’une boîte de nuit où les clients seraient suspendus à leur bouteille suspendue au plafond par un fil, et le sol se serait effondré, et la seule chose qui empêcherait les gens de tomber serait ces bouteilles. Ok Thom, you’re drunk, go home.

J’ai découvert Radiohead en 1999 avec Ok Computer, à une soirée avec des copains de lycée. Les morceaux s’enchaînaient et étaient tous aussi merveilleux les uns que les autres. Ce qui est le plus marquant à la première écoute, c’est que, pour chaque morceau, Thom Yorke a une interprétation donc une voix différente, et les guitares sont utilisées de manière variées. Après l’hystérique « Paranoid Android », le triptyque « Exit Music-Let Down-Karma Police » a tout de la britpop brillante des années 90 : simple et efficace, mais épique. Ecrasé entre deux pépites, se glisse discrètement « Let Down ». Le groupe croyait fort en ce titre et avait voulu en faire un single en 1998. Ils ont sorti 100 000 livres de leur poche (la monnaie, pas des bouquins) pour faire un clip officiel qui finalement n’a jamais été utilisé… car ils ont détesté le résultat !

https://vimeo.com/236843237

Ce qui a attiré mon attention, c’est d’abord les paroles, une sorte de tableau moderne apocalyptique de la vie urbaine motorisée qui rend tout le monde un peu cinglé. Je me souviens avoir écrit l’intégralité des paroles sur une porte de toilettes à la fac. Oui, j’étais fanatique à l’époque. La deuxième chose que j’ai remarquée pour « Let Down » est la guitare ternaire en contre-temps avec le système binaire général du morceau. Ce genre de décalage me fascine : l’incompatibilité apparente à l’échelle d’une mesure avec finalement un synchronisme cyclique, mariant deux systèmes contraires malgré une adversité pendant le déroulement du cycle, une contradiction harmonieuse, un chaos organisé, allégorie de l’Univers.. Pardon, je m’emporte.

Angel Rei est arrivé en France cet été et est un producteur musical touche-à-tout, spécialisé dans l’électro et toutes les formes musicales libres dérivées. Quand on lui demande de quel instrument il joue, il dit qu’il fabrique de la musique plus qu’il ne joue d’un instrument. Il aime la bidouille, fabriquer des univers surréalistes impossibles à réaliser en dehors du contexte de production musicale sur ordinateur. A la base, il est pianiste et trompettiste, de formation classique. Mais l’important n’est pas ce que l’on peut faire, on se définit plus parce que l’on fait.
J’avais beaucoup aimé enregistrer la trompette de Vincent Jaudon en été 2011, pour quelques morceaux de l’EP Heartlag de Blue Chill (mon groupe). La trompette, avec un petit peu de reverb, c’est d’une noblesse sans comparaison possible.  Ecoutez « Do I Disappoint You » de Rufus Wainwright. C’était la première fois que des trompettes me faisaient pleurer. Cet instrument est vraiment trop sous-côté en pop !

L’effet Doppler, ou effet Doppler-Fizeau, est le décalage de fréquence d’une onde (mécanique, acoustique, électromagnétique ou d’une autre nature) observé entre les mesures à l’émission et à la réception, lorsque la distance entre l’émetteur et le récepteur varie au cours du temps. En plus simple, c’est la perception illusoire (ou subjective) d’un son qui devient de plus en plus aigu au fur et à mesure qu’il s’approche, et de plus en plus grave au fur et à mesure qu’il s’éloigne. Pour ce faire, j’ai posé un micro dans un long couloir, et j’ai demandé à Angel de jouer de la trompette en courant vers le micro, puis en le dépassant. Non, pas vraiment.

Retrouvez « Let Down » sur Bandcamp et Soundcloud.

E.C.

Collectif, Label, Project studio

2016, une année de reprises : TQID #1 / « Like Spinning Plates » – Radiohead

Chaque mois, il y aura une reprise d’un des morceaux qui m’ont le plus marqué au cours de ma vie. La liste est prête, et elle reste ouverte.  Elle s’étoffe, peut-être pas d’un titre chaque mois, mais il y a déjà de quoi faire pour au moins… deux ans ! Même en tenant le rythme d’une reprise par mois.

Jouer et retravailler un morceau que l’on aime pour se l’approprier, c’est un peu comme boucler une boucle, démystifier pour essayer de mieux comprendre à la fois ce que le compositeur a fait et aussi pourquoi on y est tant réceptif. Une progression d’accords, une sonorité d’instrument, une mélodie… Paradoxalement, entrer au cœur du morceau permet de voir plus clair en soi-même.
Une reprise est aussi l’occasion d’appréhender la musique par un autre bout, penser la musique avec un point de départ extérieur à soi. Bien sûr, l’interprétation personnelle orientera les décisions selon sa propre personnalité, mais les contraintes sont plus nombreuses que lors d’un travail de composition à partir d’une feuille vierge. Les contraintes sont des règles, les respecter est un jeu.
Ces reprises sont aussi l’occasion de rencontrer d’autres musiciens, expérimentés ou pas, instrumentistes ou chanteurs, autour d’un titre qui, selon moi, leur ressemble. Ces collaborations permettront à chacun de s’enrichir de l’univers de l’autre. Ajoutés à l’univers du morceau original lui-même, cela promet d’intéressants mélanges. Si nous en avons déjà parlé vous et moi, votre nom est noté et je vous contacterai, si ce n’est déjà fait. Sinon, si ce projet vous intéresse, faites-moi signe.

Le premier titre qui inaugure les reprises de cette année 2016 est « Like Spinning Plates » de Radiohead (un de mes groupes fétiches), qui se trouve sur l’album « Amnesiac ». J’ai entendu la version piano dans leur EP live « I Might Be Wrong ». J’ai trouvé l’arrangement fabuleux, et il est immédiatement devenu et resté mon morceau piano pop préféré depuis. Pour cette première reprise acoustique et directe, je suis seul. Mais ce ne sera pas le cas les prochaines fois.

Vous pouvez trouver le morceau sur Bandcamp et Soundcloud.

Une reine est morte le 27 janvier 2002, ce morceau est dédié à Carla.

E.C.